Hörspiele

Le hörspiel est une pièce radiophonique où musique, bruits, voix, archives sonores et silence s’y mélangent pour donner corps à une œuvre destinée aux ondes et dont le caractère expérimental l’affranchit de toute forme de hiérarchisation.
Les 3 artistes – Otomo Yoshihide, Sylvaine Hélary, Antonin-Tri Hoang – à qui Sons d’hiver a passé commande d’un hörspiel pour cette édition 2022 de La Plateforme, sur le thème : “Après le chaos, que reste-t-il ? Qu’advient-il ?”, seront au coeur de la prochaine édition du festival, en 2023.
The hörspiel is a radio play where music, noises, voices, sound archives and silence mix to give shape to a work intended for radio broadcasting and whose experimental character frees it from any form of hierarchization.
The 3 artists (Otomo Yoshihide, Sylvaine Hélary, Antonin-Tri Hoang) to whom Sons d’hiver has commissioned a hörspiel for this 2022 edition of La Plateforme, on the theme: “After the chaos, what remains? What happens next?“, will be at the heart of the next edition of the festival, in 2023

Sylvaine Hélary

Toutes sortes de mondes

Sylvaine Hélary

© Arthur Grand

Sylvaine Hélary conception, flûtes traversières, montage, mixage
Extraits du disque Vies Scintillantes de Glowing Life (Sylvaine Hélary, Antonin Rayon, Benjamin Gilbert, Christophe Lavergne) / Ayler Records, 2020.
Antonin Rayon électronique, mastering
Avec les voix de (par ordre d’apparition) : Blanche Ripoche, Manon Gignoux et Jérémie Legroux, Marin Rayon, Christian Keime, Raphaëlle Tchamitchian, Chantal Baget Lavigne, et les voix tirées d’archives sonores de Gilles Deleuze, Hubert Reeves, François Jullien, Etienne Klein et de commentateurs de match de boxe.

Commande de Sons d’hiver 2022

« Lorsque je me suis penchée sur la thématique du chaos, je me suis spontanément tournée vers le KO en boxe. En errant un peu, je suis rapidement tombée sur la tragique histoire de Benny Paret ‘The Kid’ boxeur mort sur le ring, tué par son adversaire Benny Griffith lors du match du 24 mars 1962. Choquée par l’histoire entremêlée de ces deux hommes, l’idée de destinée, mais aussi de commencement, de finitude, m’ont hantée pendant plusieurs jours. Ce qui m’est alors apparu, c’est que je ne pouvais répondre d’une seule voix aux questions posées. J’ai ainsi fait le choix de proposer à plusieurs personnes que j’aime de s’enregistrer pour l’occasion, en s’exprimant librement, sans règles ni limites. Je n’ai pas souhaité céder à l’idée d’un « avant » et d’un « après », ou considérer que le temps serait strictement linéaire. Ni que nous traverserions une période soi-disant chaotique, alors qu’elle revêt avant tout la violence et la rigidité du contrôle des corps et des esprits. Je me suis plutôt amusée avec les possibilités qu’offre le montage pour fabriquer, à partir des fragments récoltés et dénichés de-ci de-là, une forme poétique, où dialogues imaginaires résonnent avec matières sonores. Ce chaos de paroles, de mots, de sons, saura, je l’espère, vous intriguer, vous attraper, voire vous emmener dans toutes sortes de mondes… »
Sylvaine Hélary

VERBATIM (non exhaustif) :

« Au commencement exista le Chaos, puis la Terre à la large poitrine, demeure toujours sûre de tous les Immortels qui habitent le faîte de l’Olympe neigeux ; ensuite le sombre Tartare, placé sous les abîmes de la Terre immense ; enfin l’Amour, le plus beau des dieux, l’Amour, qui amollit les âmes, et, s’emparant du cœur de toutes les divinités et de tous les hommes, triomphe de leur sage volonté.
Du Chaos sortirent l’Erèbe et la Nuit obscure. L’Ether et le Jour naquirent de la Nuit, qui les conçut en s’unissant d’amour avec l’Erèbe. »
Extrait de la Théogonie d’Hésiode

« Une chose est claire pour l’Univers, c’est qu’il n’y a pas de centre, donc il n’y a pas de frontières. Les gens disent :
– Si l’Univers est en expansion, il doit être en expansion dans quelque chose.
Et des images comme celle que j’utilise aussi du pudding aux raisins, vous savez, vous mettez des petits raisins dans la pâte, vous mettez la pâte au four et vous voyez tous les petits raisins s’éloignent les uns des autres, c’est une bonne image de l’expansion de l’Univers, chaque Galaxie s’éloigne de ses voisines comme le raisin de Corinthe que vous avez mis dans votre pâte va s’éloigner de ses voisins si vous avez bien préparé votre pâte.
Alors tout de suite ça appelle l’idée :
– Bon, d’accord, un pudding aux raisins, mais le pudding aux raisins il est dans un four. Quel est le four ?
– Il n’y a pas de four. Pas de four. Le pudding aux raisins, il faut essayer de l’imaginer infini, pas de centre, pas de bord. »
Extrait d’une interview de Hubert Reeves, astrophysicien, sur le site Canal Académies.

« Mais, vous ne pouvez pas du point de vue de la logique vous donner le chaos comme si c’était l’antithèse de quelque chose, parce que le chaos, il prend tout et il risque de tout prendre. Vous ne pouvez pas dire le chaos, c’est le contraire de l’ordre. Le chaos, il n’est relatif à rien. Il n’est l’opposé de rien, il n’est relatif à rien, il prend tout. »
Gilles Deleuze, philosophe
Extrait de « Sur la peinture – Séance 1 – Cours du 31 mars 1981 donné à l’Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis »

Bergson disait : « L’idée de l’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même. »
Extrait d’une conférence d’Etienne Klein, physicien et philosophe, au Patronage Laïque Jules Vallès.

« Et le risque que nous connaissons tous aujourd’hui, c’est de réduire le vivant au vital. C’est de ne penser la vie que comme étant la survie. Simplement est-ce que si, comme le porte une certaine idéologie aujourd’hui, on rabat le vivant de la vie au seul vital de la vie, est-ce qu’il n’y a pas une perte qui aboutit à de la non-vie ? Vous voyez, c’est pas un combat dans les airs ! C’est, on peut dire, l’urgence du temps présent. »
Extrait d’une conférence de François Jullien, philosophe, au Patronage Laïque Jules Vallès.

« De toute façon l’ordre, je trouve que c’est comme la Guerre, ça ne mène à rien. Puisque l’ordre ça peut… c’est juste de bien ranger ses livres, je ne sais pas tu vois, de trier une bibliothèque. C’est vrai que ça peut être bien. Mais après ça peut aller loin, l’ordre. Mais, parfois, ça va trop loin. »
Marin Rayon, 9 ans

VERBATIM (suite) :

« La vraie vie, c’est le refus de la non-vie. Et donc notre effort pour vraiment vivre, c’est justement de sortir de ce fac-similé de la vie dans lequel on est si couramment mis, installé, enlisé, pour faire ré-émerger effectivement une capacité de vivre. Le rapport entre vrai et vie n’est donc pas que la vraie vie serait une vie indexée sur le vrai. Ou une vie qui serait la résultante d’une conception vraie de la vie. La vie n’a pas à se coucher sous la vérité. La vraie vie doit s’entendre autrement, c’est-à-dire, le vrai devenant adverbial, c’est : vraiment vivre. »
Extrait d’une conférence de François Jullien, philosophe, au Patronage Laïque Jules Vallès

« Ca ne veut pas dire qu’il n’y avait rien. Ca veut dire qu’on ne sait pas s’il y avait autre chose avant. C’est comme quand vous êtes au bord de la mer, vous voyez de l’eau jusqu’à l’horizon, vous n’en déduisez pas que la mer s’arrête parce que vous ne voyez pas d’eau au-delà. Vous dites simplement : c’est juste ce que je peux voir. »
Extrait d’une interview de Hubert Reeves, astrophysicien, sur le site Canal Académies.

« Il était une fois une maman Dieu, avec son petit Dieu. La maman Dieu était installée dans un grand fauteuil et reprisait des chaussettes pendant que le petit Dieu, assis à une grande table, finissait ses devoirs.
Le petit Dieu travaillait en silence. Et quand il eut fini, il demanda :
“Dis-moi, Maman : est-ce que tu me donnes la permission de faire le monde ?”
La maman Dieu le regarda :
“Tu as fini tes devoirs ?
– Oui, Maman.
– Tu as appris tes leçons ?
– Oui, Maman.
– C’est bon. Alors, tu peux.
– Merci, Maman.”
Le petit Dieu prit une feuille de papier, des crayons de couleurs, et il se mit à faire le monde. »
Extrait du conte Le Petit cochon futé de Pierre Gripari
(Contes de la rue Broca, éditions La Table ronde)

« Je ne suis jamais à l’échelle des choses.
Mon corps est trop petit pour vivre dans le monde.
Et trop grand, pour y mourir, et appartenir aux créatures du monde perdu. »
Extrait de Thinking to Dance du groupe Glowing Life, d’après les mots d’Eric Vuillard dans Tohu.

« Une nouvelle harmonie s’est créée dans notre monde : l’harmonie du Chaos. »
Citation de Claude Régy

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Bénéficiant d’une solide formation classique, ayant plongé dans les vertiges de l’improvisation auprès de Bernard Lubat, cette flûtiste fait partie de ces solistes qui établissent un lien naturel entre la musique contemporaine, le jazz et divers courants de musique nouvelle. Sa curiosité la conduit vers des projets souvent pluridisciplinaires et des travaux transversaux.
Clairement identifiée par le milieu professionnel dans lequel elle évolue, Sylvaine Hélary compte à sa discographie une vingtaine d’enregistrements dont certains à son nom furent encensés par les critiques spécialisées, notamment son dernier album Glowing Life sorti en novembre 2020.
Par ailleurs, elle collabore avec de nombreux musiciens et participe à des projets d’échanges avec la scène de New York et de Chicago, tel que The Bridge. (The Sync avec Eve Risser/Mike Reed/Fred Lonberg-Holm).
Depuis quelques années, elle est régulièrement associée à des lieux. Pour les saisons 2020-2023, elle est artiste associée au Petit Faucheux de Tours, artiste compagnon au Triton (Les Lilas), et bénéficie du dispositif de compositrice associée au Théâtre de Vanves. Elle a pu ainsi composer Friselis, son nouveau solo, et « Le Monde Magique », une pièce pédagogique pour les élèves flûtistes du Conservatoire.
Elle reçoit également plusieurs commandes, dont celle de Sons d’hiver en janvier 2022, ainsi que deux arrangements pour le futur projet de l’ONJ sur le rock progressif (création prévue en décembre 2022).

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