Rob Mazurek

 © Britt Mazurek

Multi-instrumentiste, compositeur, improvisateur, peintre, plasticien… Artiste total et touche-à-tout, l’américain Rob Mazurek n’a que faire des étiquettes. Pilier du Chicago Sound au début des années 2000, il a ensuite migré vers le Brésil pendant huit ans, période pendant laquelle il marqua les esprits avec le groupe à géométrie variable São Paulo Underground qui enregistra notamment deux opus avec la légende américaine Pharoah Sanders. C’est à Marfa qu’il réside désormais, petite ville du Texas située à la frontière du Mexique propice à la créativité, à l’imagination sans limites et aux croisements des genres et des disciplines depuis que toute une communauté d’artistes, d’architectes et de penseurs s’y est installée progressivement depuis le début des années 70.
Artiste associé au festival Sons d’hiver pour cette édition 2022, Rob Mazurek propose 1 masterclasse et 3 projets à son image : éclectiques, innovants et pluridisciplinaires, décloisonnants les genres, et traversant les esthétiques musicales avec un naturel confondant, du jazz à la musique concrète, de la great black music à la musique contemporaine.

Rob Mazurek,
entretien


Concerts et performances à Sons d’hiver 2022 :

Desert Encrypts Vol. 4

mardi 1er Février – 20h30
Espace Jean Vilar, Arcueil

Exploding Star Orchestra

jeudi 3 Février – 20h30
Théâtre de la Cité internationale, Paris 14

“The Book Of Sound”

dimanche 6 Février – 17h
Le Générateur, Gentilly

You first worked in Chicago, where you were a major part of the jazz scene. Then you settled in numerous localities, including Brazil and currently Marfa, Texas. Your geographical path seems to be intimately linked to your creative process. Am I right?

I certainly gain so much from experiencing different places and different cultures. Meeting artists from different locals, seeing and hearing how they respond to their environment and intrinsically unique communities. It has always been part of me to stay open to as much as I can and learn and breath these differences which in the end are very similar.

Funny to imagine how that path would draw some kind of musical score.

Well, after releasing 70 plus recordings along the path, I think those are a kind of map of this journey. A sound map of sorts of all the places and experiences.

One of common thread of your work is that intimate and powerful way to impress those who listen. There’s real freedom of expression and strong creative life force. Are you ok if I say that you Music a liquid music? I mean a sound space that embraces you and takes the exact shape of your ear canal when it hammers it.

My goal is of course to create a sound and visual world that has the capacity to fill one with immense joy and wonder and even questions. I always say, that if it is interesting to me, it might be interesting to someone else. Filling the ear canal and eyes and body with fantastic resonance is my work. That is what I strive for and this pleases me to hear that other beings might resonate along with this.

Do that sense of surprise drive you in music?
Absolutely. I am always seeking things that can possibly surprise me. This is what keeps me going and makes me feel alive. The constant search for this thing that always seems to be just our of reach. But there are certainly very groovy moments, too. As the one we hear in the Exploding Orchestra albums and sets. When composing and playing music, do you think about the possibility of people dancing to it? In general, do you imagine people listening to it?

Well, I dance to my own music all the time. I was thinking of just hiding a camera in the corner of my house and forgetting about it, and taking a look at the footage after a year. I love dancing and will bust out the ribbon as well on occasion. The linear movement of the ribbon in tandem with sound is beautiful. I imagine that if this makes me feel like dancing, that it certainly might make someone else feel like dancing.

How do you imagine People playing it? How do you gather the musicians you are working with? Are you aware of the other music your collaborators are working on?

I am constantly thinking about the personalities in the group I am preparing music for. I am also inspired by the people in the group. A funny story… I wrote a suite for the Exploding Star Orchestra…. We get to rehearsal and start rehearsing the thing… after some moments, Jeff Parker stops me and pointed out that the middle section of the composition was something he had written! I had no idea I did this, but in fact it was something I had played with Jeff and it just made its way in to my music so naturally I didn’t even notice! So yes, I am deeply aware and amazed by the music being made by people I compose for. Being inspired by these beautiful beings is such a beautiful part of this life.

You said once : « I’m very proud of all these musicians and how they projected themselves and personalities on this record…you feel each player and that’s it’s very special. » Did this have anything to do with a tendency to step back and let others lead the music?

The music on Dimensional Stardust is almost completely written. The interpretation is in how each musician phrases and lets their personality come out in the tone of their instruments.

Tu as d’abord travaillé à Chicago où tu as pris une part importante sur la scène du jazz de cette ville. Puis tu as séjourné à de nombreux endroits, dont le Brésil et actuellement Marfa, au Texas. Ton parcours géographique semble être intimement lié à ton processus créatif.

L’expérience de différents lieux et de différentes cultures m’apporte beaucoup, c’est certain. Rencontrer des artistes de différents pays, voir et entendre comment ils réagissent à leur environnement et à leurs communautés intrinsèquement uniques. Depuis toujours, une part de moi reste ouverte à tout ce que je peux apprendre et à respirer ces différences qui, au final, sont très similaires.

C’est amusant d’imaginer que ce parcours puisse tracer et constituer une sorte de partition musicale, non ?

Après avoir publié plus de 70 enregistrements le long de ce chemin, je pense que ces enregistrements sont une sorte de carte de ce voyage, une forme de carte sonore de tous les lieux et expériences.

L’un des points récurrents de ton travail est cette façon intime et puissante d’imprimer l’oreille de ceux qui écoutent. Il y a une réelle liberté d’expression et une forte force de vie créative. Es-tu d’accord si je dis que ta musique est liquide ? Je veux dire qu’elle est une sorte d’espace sonore qui nous embrasse et prend la forme exacte de votre conduit auditif quand il le touche.

Mon but est bien sûr de créer un monde sonore et visuel qui a la capacité de remplir quelqu’un d’une joie immense, d’un émerveillement et même de questions. Je dis toujours que si c’est intéressant pour moi, ça peut l’être pour quelqu’un d’autre. Remplir le conduit auditif, les yeux et le corps d’une résonance fantastique, voilà mon travail. C’est ce que je cherche à obtenir et cela me fait plaisir d’entendre que d’autres êtres peuvent résonner de la même façon.

Cherches-tu un sentiment de surprise ?

Absolument. Je suis toujours à la recherche de choses qui peuvent éventuellement me surprendre. C’est ce qui me fait avancer et me fait me sentir vivant. La recherche constante de cette chose qui semble toujours être hors de portée.

Il y a cependant aussi des moments très groovy, comme celui que l’on entend dans les albums et les sets d’Exploding Orchestra. Lorsque tu composes ou que tu joues, penses-tu à la possibilité que les gens puissent danser sur ta musique ? Plus généralement, imagines-tu parfois la réaction des gens à ta musique ?

Well, je danse tout le temps sur ma propre musique. Je pensais cacher une caméra dans un coin de ma maison puis l’oublier et regarder les images un an plus tard. J’adore danser et je peux aussi sortir un ruban à l’occasion. Le mouvement linéaire du ruban en tandem avec le son est magnifique. J’imagine que si la musique me donne envie de danser, elle peut certainement donner envie de danser à quelqu’un d’autre.

Comment rassembles-tu les musiciens avec lesquels tu travailles ? Es-tu conscient des autres musiques sur lesquelles travaillent tes compagnons ? Cela peut-il influencer tes compositions et le jeu de l’ensemble réuni ?

Je pense constamment aux personnalités du groupe pour lequel je prépare de la musique. Je suis également inspiré par les personnes du groupe. Tiens, une anecdote amusante. J’ai écrit une suite pour l’Exploding Star Orchestra. Nous arrivons à la répétition et commençons à répéter le truc. Après quelques instants, Jeff Parker m’arrête et me fait remarquer que la section centrale de la composition était quelque chose qu’il avait écrit ! Je n’en avais aucune idée mais en fait, c’était quelque chose que j’avais joué avec Jeff et qui s’est imposé dans ma musique si naturellement que je ne l’ai même pas remarqué ! Donc oui, je suis profondément conscient et émerveillé par la musique que font les gens pour qui je compose. Être inspiré par ces êtres magnifiques est une partie magnifique de cette vie qui est la mienne.

Tu dis être très fier d’eux et de la façon dont ils se projettent, dont chacun exprime sa personnalité.

La musique d’un disque comme Dimensional Stardust est presque entièrement écrite. L’interprétation réside dans la façon dont chaque musicien phrase et laisse sa personnalité ressortir dans la tonalité de ses instruments.

Rob Mazurek

” Depuis deux ans, mon quotidien consiste à me réveiller, à créer un son sur des synthétiseurs modulaires, à dessiner ce son à la table à dessin, à peindre ce son, en pensant à ce dessin dans le studio de peinture. “

Let’s go to Marfa now. What’s the story behind the bound of your music and painting, visual arts ?

My process every day for the last 2 years, is wake up, make a sound on the modular synths, draw this sound at the drawing table, paint this sound, thinking of this drawing in the painting studio. Take photographs of the painting, put these photos in a program that was developed with Mathieu Constans that animates the paintings into video, take still of the videos and paint that. Go back to the original sound I made and continue building on this process all day and all night. Every day. Every day. Of course I have been painting and making sculptures for years now, but because of the pandemic I have been at my home here in Marfa Texas. So I have had the pleasure to really focus in on this process and it is really beginning to formulate beautiful, different, exciting things.

At your Marfa Experimental Studio do you still kickstart each day through creating a “morning drone”. How do that work ? What is your purpose ?

Ha! Yes, I spoke of the process earlier. But on a more deeper plane I can say that this first sound in the morning, these morning drones I make every morning, are meant to bring light and resonance into the house… to start the day with a positive note sort of speak… a resonant chord that sets the tone for the house, the community, the world, the universe. I try to make the sound as resonant and beautiful and interesting as possible to project this positive energy flow through the galaxies. And then I make the coffee! Hahaha… Well after the drawing! Then Coffee then Painting studio etc…

You’ve been in painting/art practice for many now years or so. What’s your conception of Sound and Vision? Are they close ?

Because of this process I have been working on not just the last 2 years but maybe ten, I feel like I have arrived at a point, where sound is vision and vision is sound. It’s all a feeling and the melding of the 2 things are certainly getting closer and closer to being one thing. A resonant projection of light and happiness.

Does such a space allow you to keep experimenting and keep pushing the question of «what we’re even doing here »?

Absolutely. This is the question I am trying to answer. For me the best way to try and find the answer is to create things. To make things that might have the capacity to crack through this norm that is quite stifling. Most people don’t even realize they are being snuffed out. Smothered by mainstream media and what not. It’s a blow to ones creativity. One must be very present in order to understand this. To set your own personal creative cycle moving is the key.

What are your bounds to spaces where you play and live ?

Marfa is a town that was resurgent after Donald Judd, one of my favorite artists, started permanently installing his work here, as to get out of the way things were normally done, in order to present his work and ideas in the most clear and honest way possible. This is a constant inspiration for being here in this town. The town is also full of interesting artists, writers, filmakers, builders, pit masters, thinkers, doers. An amazing place really.

Do you ever ask yourself about traces we can leave behind a live performance ?
Are music recordings such traces for you ?

Traces are such beautiful things because they are invisible but have such a presence when the resonance of a thing pervades a space with such power. I yearn for these traces. Especially with sound, as the sound of a thing only happens once whether you record it or not. It’s never going to sound the same. Never. You turn your head slightly even when listening at home to a recording and it will be different. Nothing is ever the same twice never. This is interesting. A painting? The light changes you shift an inch over to see it at a different angle. It’s never going be the same never. But when your work is powerful enough to leave a trace, then perhaps something magical has happened.

Can you imagine limits for imagination?

No. There can be no limits. There needs to be more experimentation more chances being taken more violent ambition! Violence in the sense of not hurting a being but taking something to it’s supposed limits and cracking through to the other side. Almost all great art broke through something in order to surpass these limits.

Living in a experimental space should led you to preserve your free soul and thoughts. Where did exploration start?

It started early my friend. I can always remember even in my adolescence, wanting to do things differently. I had this desire to make my own things. I remember my first encounter with a Mark Rothko painting. It was at the Art Institute of Chicago. I came across this thing and it stunned me. I stood in front of that painting for hours. Then I went to the bookstore to see if I could buy a book … I had no money at this time, so I looked at the poster… but I couldn’t get myself to buy the poster, because I thought to myself… I will try to make something like this… So I eventually bought some paper and some watercolors and started to try to make copies of Rothko paintings… I learned very quickly how difficult this was! But I kept trying and trying until I was like, you need to make your won way… I closed my eyes and made a painting… it looked beautiful and I have been painting ever since… so , whether painting, making sound, making video, building a sculpture, cooking, etc… I have this idea of experimenting ingrained in my DNA at this point.

Let’s go to Marfa, Texas. Tu y es aussi un peintre très actif. Quelle histoire se raconte sous le lien entre ta musique et la peinture, les arts visuels ? Suis-tu le même type de processus ?

Mon processus quotidien, depuis deux ans, consiste à me réveiller, à créer un son sur les synthétiseurs modulaires, à dessiner ce son à la table à dessin, à peindre ce son, en pensant à ce dessin dans le studio de peinture. Prendre des photos de la peinture, mettre ces photos dans un programme développé avec Mathieu Constans qui anime les peintures en vidéo, prendre des photos des vidéos et les peindre. Revenir au son original que j’ai fait et continuer à construire sur ce processus toute la journée et toute la nuit. Tous les jours, tous les jours. Bien sûr, je peins et je fais des sculptures depuis des années maintenant, mais à cause de la pandémie, je suis resté chez moi, ici, à Marfa, au Texas. J’ai donc eu le plaisir de me concentrer sur ce processus et il commence vraiment à donner naissance à des choses magnifiques, différentes et passionnantes.

Commences-tu toujours chaque journée, dans ton ‘studio expérimental’ de Marfa, en lançant un ‘morning drone’. Quel est votre but ?

Ha ! Oui, j’ai parlé de ce process il y a quelques temps. Mais sur un plan plus profond, je peux dire que ce premier son du matin, ces bourdons matinaux que je fais chaque matin, sont destinés à apporter de la lumière et de la résonance dans la maison… Pour commencer la journée avec une note positive en quelque sorte. Un accord résonnant qui donne le ton pour la maison, la communauté, le monde, l’univers. J’essaie de rendre le son aussi résonnant, beau et intéressant que possible pour projeter ce flux d’énergie positive à travers les galaxies. Et puis je fais le café ! (rires) mais bien après le dessin !

Quelle serait ton idée du lien du Sound and Vision, pour paraphraser Bowie ?

Grâce au processus sur lequel j’ai travaillé ces deux dernières années mais finalement depuis peut-être dix ans, j’ai l’impression d’être arrivé à un point où le son est une vision et la vision un son. C’est un sentiment et la fusion des deux choses est certainement de plus en plus proche de devenir une seule chose. Une projection résonante de lumière et de bonheur.

Est-ce qu’un espace sonore te permet de repousser la fameuse question de savoir ‘ce que nous faisons ici’ ?

Absolument. C’est la question à laquelle j’essaie de répondre. Pour moi, la meilleure façon d’essayer de trouver la réponse est de créer des choses. De créer des choses qui pourraient avoir la capacité de percer cette norme qui est assez étouffante. La plupart des gens ne se rendent même pas compte qu’ils sont étouffés, asphyxiés par les médias mainstream et ce genre de trucs. C’est un coup dur pour la créativité. Il faut être assez présent à soi-même pour comprendre cela. La clé est de mettre en mouvement son propre cycle créatif.

Quels sont tes liens avec les lieux où tu joues, avec ceux où tu vis ?

Marfa est une ville qui a ressurgi après que Donald Judd, un de mes artistes préférés, ait commencé à y installer ses œuvres de manière permanente. Il voulait ainsi sortir de la manière dont les choses étaient habituellement faites, présenter son travail et ses idées de la manière la plus claire et la plus honnête possible. Habiter ici, dans cette ville, c’est être constamment inspiré. Marfa regorge d’artistes, d’écrivains, de cinéastes, de bâtisseurs, de chefs de puits, de penseurs et de constructeurs intéressants. C’est un endroit étonnant, vraiment.

T’es-tu déjà demandé quelles traces on peut laisser derrière une performance live ? Considères-tu les albums ou les enregistrements musicaux comme des traces ?

Les traces sont de si belles choses juste parce qu’elles sont invisibles. Elles ont une telle présence quand la résonance d’une chose pénètre un espace avec puissance. J’aspire à ces traces-là. Surtout avec le son, car le son d’une chose ne se produit qu’une fois, que vous l’enregistriez ou non. Il ne sonnera jamais de la même façon. Jamais. Vous tournez légèrement la tête, même en écoutant un enregistrement chez vous, et ce sera différent. Rien n’est jamais deux fois pareil, jamais. C’est intéressant, ça. Prends un tableau ? La lumière change, tu te décales d’un centimètre pour le voir sous un angle différent. Ce ne sera jamais la même chose, jamais. Mais quand votre travail est assez puissant pour laisser une trace, alors peut-être que quelque chose de magique s’est produit.

Peux-tu envisager une limite possible à l’imagination ?

Non, il ne peut y avoir de limites. Il faut plus d’expérimentations, plus de risques à prendre, plus d’ambitions violentes ! Violentes dans le sens où il ne s’agit pas de blesser un être mais d’amener une chose à sa limites supposée et de la faire passer de l’autre côté. Presque tous les grands arts ont brisé quelque chose pour surpasser ces limites.

Vivre à Marfa, dans un espace expérimental, doit t’aider à garder l’âme et les pensées libres. Mais où et quand cette exploration a-t-elle commencé ?

Ça a commencé tôt, mon ami. Même adolescent, je voulais faire autrement, j’avais déjà ce désir de faire les choses à ma propre façon. Je me souviens de ma première rencontre avec une peinture de Mark Rothko. C’était à l’Art Institute de Chicago. Je suis tombé sur cette chose qui m’a stupéfié. Je suis resté des heures devant ce tableau. Puis je suis allé à la librairie pour voir si je pouvais acheter un livre. J’avais peu d’argent à ce moment-là, alors j’ai regardé l’affiche… mais sans pouvoir me résoudre à l’acheter. Parce que je me suis dit : ” Je vais essayer de faire quelque chose comme ça “. J’ai donc fini par acheter du papier et des aquarelles et j’ai commencé à essayer de faire des copies de tableaux de Rothko… Très vite, j’ai compris à quel point c’était difficile ! Mais j’ai continué d’essayer, encore et encore, jusqu’à ce que je me dise : ” Tu dois trouver ta propre voie “. J’ai fermé les yeux et j’ai fait une peinture… c’était magnifique et je n’ai jamais cessé de peindre depuis… Que ce soit en peignant, en créant du son, de la vidéo, en construisant une sculpture ou même en cuisinant, cette idée d’expérimenter est ancrée dans mon ADN désormais.

Mark Rothko

Mark Rothko © DR

A picture lives by companionship, expanding and quickening in the eyes of the sensitive viewer. “

Sun Ra Arkestra September 2, 1981 Chicago Jazz Festival, Chicago, IL
Photo cover : Sun Ra performing at The Venue, London on 27 July 1982. © by David Corio/Redferns

Let’s go to Chicago and the seminal experience of a Sun Ra concert. Should I say this is one of the keys of your cosmic knowledge/perspective about what we are and where we’re going?

Sun Ra is an exceptional case of the no boundaries explorer of truth and resonant energy. When I experienced that concert in Chicago in 1981, when the Arkestra came onto the stage, spitting fire, the sound of the drums, the chants the sounds!! My goodness, it scared the hell out of me. It pinned me to the back of the chair… The concert which was probably over an hour seemed like 5 minutes. So Stunned was I. Incredible. These are the experiences that change peoples lives. It certainly did for me. This should be the mainstream!! This was another incident, like he Rothko painting, like my relationship with the great Bill Dixon, like playing alongside Pharoah Sanders, like standing beside and looking at one of Christoper Wools giant paintings! Cathartic meaningful moments that show you that it IS possible to crack through this wall of ignorance and deception that is all around us. Let the bells ring! Let Julian Desprez’s guitar break through the stratosphere. Open it up. Let Marshall Allen into your life! Let’s go! Let’s go!

Ra said that humans go the right path but in the wrong direction. Agree with that ?

Absolutely. That is what I am talking about! We have to collectively open it up so we can not only go in the right direction but in all directions towards the right path which is love and kindness for all beings. All things.

So you were a pillar of the “Chicago Sound” in the early 2000s, then you migrated to Brazil where you lived for eight years, a period during which he marked the spirits with the group São Paulo Underground which recorded two opuses with Pharoah Sanders.  Did your cosmic fascinations and fusion of jazz and classical elements increase with this collaboration?

The fusion of things was always a natural process. So being in Brazil was of course an incredible situation as I lived in the Amazon, Manaus… the capital, Brasilia and Sao Paulo in the end. Very different places but the same. Being able and aloud to expand is the key thing here. I surrounded myself with artists and people that wanted to move in these directions. I had the opportunity to play and discuss concepts with Guilherme Vaz, Paulo Monteiro, Mauricio Takara, Nana Vasconcellos, Rodrigo Brandao, Guilherme Granado, and so many more… a cosmic fusion for sure. Playing and being around the great Pharoah Sanders was otherworldly to put it mildly. Such a bastion of spiritual energy!

Now, you create “The Book of Sound”, in World Premiere at Sons d’hiver. Is this your most ambitious project to date?

I would say it is. It will be set up more like an installation. This is just the first iteration of a much larger piece. Being given this opportunity by the festival is something special. The visual as well as sonic as well as text for this piece I have been working on for over ten years. An immense amount of information.

Let’s talk about the idea of network. Network between the towns you visit and the complexity of your work. Is it the same kind of networks that are hired in “The Book Of Sound”? Sound as a singular idea measured from multiple and complementary angles.

The Sound from “The Book of Sound” and a matter of fact, all the elements… sound, paintings, scenery, video, text etc… are coming from this singular idea of a body of work from an imaginary artist, writer, alchemist, scientist etc… that is in essence a mirror of my own experience and imagined experience. Trying to blow open this idea of singular though. As we are nothing more than what we are together, we are also a micro/macro worlds of psycho projection units, hopefully spraying light into the atmosphere in order to live beautifully. Of course there are all kinds of forces that oppose this idea. These negative impacts can be used to turn yourself into flowering towering beings of enlightenment. We have the power.

You name it: a space opera. Why that?

I am calling it an Opera simply because it has the visual element, text and sound. Is based on the writings of imaginary alchemist, Science Fiction writer, astronomer, film maker, composer Helier Velasquez Smith. We live in space. We are all in space. A Space Opera is concerned with things in space.

You imagine this modern multimedia space opera as a multidisciplinary dive into the texts, sounds and visions of the imaginary polymath Helder Velasquez Smith, alchemist, astronomer, science-fiction author, composer, painter, sculptor, filmmaker and philosopher: A kind of alter ego? A character to extend a synthesis of your sound, visual and textual research?

Alter ego? Yes I think so. Always searching for a way. Always just outside my reach. It is a way to get out of my own self and try to breakthrough something that is inside the self. Trying to discover un opened psycho-chambers of the heart and mind. As an Abstractivist, I am constantly, actively trying to abstract a thing to its bare essence in order for this thing to then grow into a million stars, or nothingness. As we enter the astropocene, my hope is that this earth acts as catalyst for something to grow outwards, not just a place where one must leave to survive. I build these Astralpastorales as a way to crack through. I think it has been a good exercise. The search continues. Everything completes itself. Nothing completes itself.

Rob Mazurek

© Britt Mazurek

Tu parles d’ADN, cela m’évoque Chicago et l’expérience originelle d’un concert de Sun Ra. C’est l’une des clés de ta connaissance/perspective cosmique sur ce que nous sommes et où nous allons ?

Sun Ra est un cas exceptionnel d’explorateur sans frontière de la vérité et de l’énergie de résonance. J’ai vécu ce concert à Chicago en 1981. Quand l’Arkestra est entré sur scène, crachant du feu, avec le son des tambours et des chants ! Mon Dieu, ça m’a fait une peur bleue. J’étais cloué au dossier de ma chaise… Le concert qui durait sans doute plus d’une heure m’a semblé durer 5 minutes. J’étais abasourdi. Incroyable. Ce sont ces expériences qui changent la vie des gens. C’est le cas pour moi. C’est pour cela que ce devrait être le courant mainstream ! C’était un incident de plus pour moi, comme la peinture de Rothko, comme ma relation avec le grand Bill Dixon, comme jouer aux côtés de Pharoah Sanders, comme se tenir à côté d’une des peintures géantes de Christoper Wools ! Ces moments significatifs et cathartiques vous montrent qu’il est possible de percer ce mur d’ignorance et de tromperie qui nous entoure. Laissez les cloches sonner ! Laissez la guitare de Julien Desprez percer la stratosphère. Ouvrez les portes. Laissez Marshall Allen entrer dans votre vie ! Allez-y ! Allons-y !

Sun Ra avait coutume de ruer lui aussi en disant que les humains étaient sur la bonne route mais avançaient dans la mauvaise direction. Tu serais d’accord avec ça, toi ?

Absolument. C’est de cela que je parle ! Nous devons collectivement nous ouvrir pour non seulement aller dans la bonne direction mais dans toutes les directions vers le bon chemin qui est l’amour et la bonté pour tous les êtres. Pour toutes les choses.

On a pu te décrire comme un des piliers du ‘Chicago Sound’ au début des années 2000, puis tu as migré au Brésil où tu as vécu pendant 8 ans. Pendant cette période, tu as marqué les esprits avec le groupe São Paulo Underground qui a enregistré deux albums avec Pharoah Sanders. Ta fascination pour les éléments cosmiques et la fusion d’items jazz et classiques s’est-elle approfondie avec cette collaboration ?

La fusion des choses a toujours été un processus naturel pour moi. Le fait de vivre au Brésil était bien sûr incroyable car j’ai vécu en Amazonie, à Manaus, Brasilia puis São Paulo à la fin. Des endroits très différents mais finalement assez identiques. Être capable d’expansion, et être autorisé à le faire est la chose la plus importante là-bas. Je me suis entouré d’artistes et de personnes qui visaient également ces directions. J’ai eu l’occasion de jouer et d’échanger des idées avec Guilherme Vaz, Paulo Monteiro, Mauricio Takara, Nana Vasconcellos, Rodrigo Brandao, Guilherme Granado et tant d’autres… Une fusion cosmique à coup sûr. Jouer et être entouré du grand Pharoah Sanders était d’un autre monde, c’est le moins que l’on puisse dire. Quel bastion d’énergie spirituelle !

Cet hiver, tu vas créer The Book of Sound, en première mondiale à Sons d’hiver. Peut-on qualifier ce projet comme ton plus ambitieux à ce jour ?

Je dirais oui. Il s’agira d’une installation. Ce n’est que la première version d’une pièce beaucoup plus grande. Le fait que le festival nous donne cette opportunité est quelque chose de très spécial car j’ai travaillé sur le visuel, le son et le texte de cette pièce pendant plus de dix ans. Il y a une immense quantité d’informations.

Cette multitude d’information forme un réseau, comme celui qui unit les villes où tu as habité et la complexité de ton travail. Est-ce le même genre de réseau qui est engagé dans une œuvre comme The Book Of Sound ? Un réseau sonore et visuel sous la forme d’une idée singulière et mesurée sous des angles multiples et complémentaires.

Le son de The Book of Sound et, en fait, tous les éléments : le son, les peintures, les décors, la vidéo, le texte etc. Tout ceci provient de cette idée singulière du corps de travail d’un artiste imaginaire (écrivain, alchimiste, scientifique etc.) qui est par essence un miroir de ma propre expérience et de mon expérience imaginée. J’essaie d’ouvrir cette idée du singulier. Comme nous ne sommes rien d’autre que ce que nous sommes ensemble, nous sommes aussi un micro/macro-monde d’unités de psycho-projection, qui, j’espère, pulvérisent de la lumière dans l’atmosphère afin de vivre en beauté. Bien sûr, il existe toutes sortes de forces qui s’opposent à cette idée. Ces impacts négatifs peuvent être utilisés pour vous transformer en êtres florissants et élevés de l’illumination. Nous avons ce pouvoir, ce potentiel.

Tu l’a sous-titré ‘space opera’. Pourquoi cela ?

Je l’appelle ‘opéra’ simplement parce qu’il contient du visuel, du texte et du son. C’est basé sur les écrits d’un alchimiste imaginaire, auteur de science-fiction, astronome, cinéaste et compositeur, Helier Velasquez Smith. Nous vivons dans l’espace. Nous sommes tous dans l’espace et un space opera s’intéresse aux choses de l’espace.

Tu l’as dit, tu imagines ce space opera multimédia moderne comme une plongée multidisciplinaire dans les textes, les sons et les visions de cet homme inventé : alchimiste, astronome, auteur de science-fiction, compositeur, peintre, sculpteur, cinéaste et philosophe. C’est une sorte d’alter ego, non ? Un personnage qui prolongerait tes recherches ?

Un alter ego ? Oui, bien entendu. Je reste à la recherche d’un chemin, toujours, juste en dehors de ma portée. C’est une façon de sortir de mon propre moi et d’essayer de percer quelque chose qui se trouve à l’intérieur du moi. J’essaie de découvrir les chambres psychologiques inachevées du cœur et de l’esprit. En tant qu’abstractiviste, j’essaie constamment et activement d’abstraire une chose jusqu’à sa quintessence afin que cette chose puisse ensuite se transformer en un million d’étoiles ou en néant. Alors que nous entrons dans l’astropocène, mon espoir est que cette terre agisse comme un catalyseur pour que quelque chose se développe vers l’extérieur, et qu’elle ne soit pas seulement un endroit que l’on doive quitter pour survivre. Je construis ces Astralpastorales comme un moyen de se frayer un chemin. Je pense que c’est un bon exercice. La recherche continue. Tout se complète. Rien ne se complète.

décembre 2021 . janvier 2022


propos reccueillis par Guillaume Malvoisin

(LeBlocPointBreak)

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