grand entretien
mary halvorson
code : 5-5-5-5
PROPOS RECUEILLIS PAR guillaume malvoisin, décembre 2025
Mary, félicitations pour le prix Jazzwise 2025 que tu viens de recevoir. Peut-on dire que tu es déjà une musicienne sage (wise) ?
Je ne suis pas sûre de comprendre ce que cela signifie. Est-ce que je me considère comme sage ? Probablement pas.
N’est-ce pas une association étrange, « jazz » et « wise » ?
Je suppose… Je n’avais jamais réfléchi à associer ces deux mots. Je pense qu’il n’est pas nécessaire d’être sage pour apprécier le jazz, et j’ai l’impression que l’objectif est aussi d’apprendre et d’expérimenter en permanence, donc avec cet état d’esprit, on ne se sent jamais vraiment sage… On est toujours en train de chercher à comprendre.
Tu as reçu ce prix pour deux albums. L’un d’eux, About Ghosts, parle de fantômes. Les fantômes et les esprits sont-ils des partenaires essentiels pour toi quand tu crées de la musique ?
J’ai toujours été consciente de cela. J’aime les choses surnaturelles. Je pense que peu importe que ce soit réel ou non, ce qui m’importe, c’est que j’apprécie la sensation que l’on peut ressentir dans certains endroits, qui peuvent avoir une énergie particulière, vous voyez ? Qu’il y ait un fantôme ou non, on peut ressentir une énergie très positive dans certains endroits, ou au contraire, certains endroits peuvent nous donner la chair de poule sans raison. Je me souviens, quand j’avais une vingtaine d’années, j’ai fait une tournée aux États-Unis, j’ai parcouru tout le pays en voiture, et quelqu’un dans le groupe avait un livre intitulé Haunted Places in America (Lieux hantés en Amérique). Nous sommes allés dans plusieurs de ces endroits, nous avons joué dans un théâtre hanté à Cleveland et nous avons séjourné dans un hôtel hanté quelque part en Arizona… J’adorais lire toutes ces histoires. C’est vraiment intéressant… Pour moi, cela reste lié à l’intuition. L’intuition est très importante en musique… Donc, cette idée d’un sentiment qu’on peut recevoir d’une chose est pour moi liée aux fantômes. Cela a donc plusieurs significations… Susan Alcorn, la guitariste de pedalsteel, est décédée subitement en janvier dernier, alors que je préparais cet album, About Ghosts. Je pensais beaucoup à elle et j’y pense encore beaucoup aujourd’hui, j’ai beaucoup essayé de comprendre ce qui s’est passé, alors j’ai fini par lui dédier l’album. Je pouvais presque l’entendre dans la musique et, pour moi, elle est devenue comme un autre fantôme. Même si cela s’est produit plus tard.
Ghost m’évoque aussi ta collaboration avec Anthony Braxton, avec qui tu as joué au sein du collectif Ghost Trans Music 12 + 1.
C’est drôle. Tu es la deuxième personne à me poser cette question en deux semaines. Cette semaine, quelqu’un m’a posé la même question. Et c’est vraiment drôle, parce que je n’y avais littéralement jamais pensé. Mais maintenant que tu en parles, je trouve que c’est un exemple intéressant d’influence. Je n’y avais pas pensé en imaginant le titre de l’album. Cela montre simplement que les influences sont partout et qu’elles s’infiltrent. J’ai beaucoup joué Ghost Trans au fil des ans. Je pense donc que ce mot m’est probablement resté en tête. Ce n’était donc pas intentionnel. Mais si c’est un clin d’œil involontaire à Anthony Braxton, alors je trouve ça génial.
Dernière question au sujet des fantômes. L’un de tes partenaires dans Illegal Crowns, Benoit Delbecq, a sorti un album en compagnie de Gerard Cleaver intitulé Gentle Ghosts. Tes propres fantômes sont-ils toujours gentils ?
Non, probablement pas et je pense qu’ils peuvent prendre toutes sortes de formes. Mais c’est super cool, ce sont deux de mes musiciens préférés. Et s’ils ont des gentils fantômes près d’eux, alors c’est parfait.
Jacques Denis t’a très bien décrite dans le journal Libération. Et ces deux mots me semblent être une façon évidente d’expliquer ton travail à ceux qui ne le connaissent pas : complexe et évident. Te reconnais-tu dans ce paradoxe ?
Je pense que oui. J’aime bien cette idée d’opposition. J’étudie l’astrologie, et cela revient souvent en quelque sorte aux oppositions. Tout le monde est la face d’un pôle. Mais j’aime aussi les choses évidentes. Parfois, quand on essaie d’écrire de la musique ou autre chose, souvent l’idée la plus évidente, ou la première qui vient à l’esprit, est la meilleure. Donc quand je compose ou quand j’improvise, j’essaie de ne pas remettre en question quoi que ce soit. C’est pourquoi j’aime l’idée de quelque chose d’évident. Je pense que parfois, les gens cherchent quelque chose de trop mystérieux, alors que parfois l’évidence est devant eux. D’un autre côté, oui, beaucoup de ce que j’écris n’est pas si simple. Il y a une certaine complexité, ou du moins une partie. Donc oui, je dirais que je m’identifie à cela, au fait d’avoir ces deux éléments présents en moi.
Cela se rapproche peut-être aussi des leçons que tu as pu recevoir auprès d’Henry Threadgill : ne jamais perdre le contact avec l’auditeur, quelle que soit la complexité de la forme.
Hmm… C’est intéressant. Quand je compose, j’essaie de créer une musique qui me plaît. Je ne cherche donc pas vraiment à faire de la musique qui plaise à l’auditeur. Cela dit, je n’essaie pas non plus de l’aliéner. Quand je pense à la musique, je me dis qu’il est impossible de plaire à tout le monde, et que ce n’est pas le but. Je pense que le but est de se faire plaisir à soi-même. Quoi que vous fassiez, il y aura toujours des gens qui détesteront votre musique et d’autres qui l’adoreront. Donc, quand je crée de la musique, j’essaie vraiment de me demander si je me sens bien avec ce que je fais. Je n’essaie ni d’attirer les gens, ni de les repousser. Bien sûr, c’est génial si les gens peuvent entrer dans votre univers et apprécier votre musique, mais je ne m’y attends pas non plus. C’est plutôt comme ça que je vois les choses. Je veux juste laisser émerger quelque chose dont je suis fière ou qui puisse me rendre heureuse. Juste pour voir, ensuite, ce que ça donne.
Était-ce à peu près ton état d’esprit lors de la reprise des Beatles pour la compilation Impulse! ?
Ils m’ont proposé cela et comme j’ai toujours adoré les Beatles, je me suis dit : pourquoi pas ? Le défi était amusant, c’est une chose que je n’ai jamais faite auparavant. Les reprises sont particulièrement délicates à réussir, car on reprend une chanson parce qu’on aime l’original et il est presque impossible d’en créer une meilleure version. Là, j’ai simplement essayé d’y apporter ma touche personnelle. En fait, j’ai essayé de le faire de mémoire, sans réécouter la chanson, mais en partant de ce dont je me souvenais de ce morceau, pour l’avoir entendue quand j’étais enfant par exemple. J’ai donc essayé de m’éloigner le plus possible de l’original. Je ne suis donc pas revenue en arrière pour la retranscrire ou la réécouter, mais j’ai essayé de me dire : « Voici mon souvenir de cette mélodie. Il s’est un peu estompé ou modifié au fil des années et de mes expériences. Voici ma vague idée de cette chanson. » J’espère qu’elle dégage une énergie légèrement différente de la version des Beatles. Si quelqu’un veut écouter l’originale, il peut très bien le faire sans moi.
Mary, congrats for the Jazzwise price 2025 you just received. Can we tell that you are already a wise musician?
I’m not sure I know what that means. Do I consider myself wise? Probably not.
Isn’t a funny word, jazz-wise?
I guess… I never thought about it, those two words together, jazz and wise. You don’t need to be wise to enjoy jazz I guess and I feel like the goal is is also to be constantly learning and and experimenting so in that state of mind you never quite feel wise… You’re always figuring something out.
You receive this prize for two albums. One of them is ‘About ghosts’. Are ghosts and spirits crucial partners in music?
It’s always been something I’ve been aware of. I like supernatural stuff. I think whether it’s real or not, I care about less and more that I enjoy the feeling of, you know, you might go into a place like a place can have like an energy, right? Whether there’s a ghost in it or not you can get like a a really positive feeling from a place or a place can kind of creep you out for no reason. But I remember when I was in my early twenties, I did a tour of the United States driving around the whole country and somebody in the band had a book called ‘Haunted Places in America’ and we went to a couple of these places we played at a haunted theater in Cleveland and we stayed at a haunted hotel somewhere in Arizona… I loved reading all these stories. You know it’s just like really interesting… But for me, it ties in with intuition. Intuition is very important in music.. So this idea of like a feeling that you can get from something to me kind of ties into ghosts. It has a lot of meanings then… Susan Alcorn, the pedal steel guitar player, died quite suddenly in last January and at the time I was preparing this album, ‘About Ghosts’. I was thinking about her a lot and still thinking about her a lot now, trying to grapple with that so I ended up dedicating the album to her. I could really almost hear her in the music you know and so that to me became like a kind of like another ghost. Even though it happened later it became important to me.
Ghost tells me also about your partnership with Anthony Braxton. You’ve played together in the collective called Ghost Trans Music 12 + 1.
It’s so funny. You’re the second person to ask me this in like a two-week period. This week, somebody else asked me. And it’s funny, because I literally never thought of that. But now that you mentioned it, I think this is an interesting example of influence. Like I never thought of that when I was thinking about the album title. But it just kind of shows you that like influences everywhere and things seep in, you know, because that word, I played a lot of his ghost trans music over the years. And so I think there probably was something about that word that stuck in my head. So it wasn’t on purpose. But if it’s a inadvertent nod to Anthony Braxton, then I think that’s great. Very last question about ghosts.
One of your partner in Illegal Crowns, Benoit Delbecq, released an album with Gerard Cleaver called ‘Gentle Ghosts’. Are your own ghosts every time gentle?
No, probably not. I think they can come in all forms. But that’s super cool. I mean, those are two of my favorite musicians. And if they have gentle ghosts, then that’s great.
Jacques Denis, a French journalist, had a very apt description of you in Libération. And this words seems to me an obvious way of explaining your work to those who are unfamiliar with it. These two words are : complex and obvious. Do you recognize yourself in this paradox?
I guess so. Things like that are, I like this idea of oppositions. And it comes back… I study astrology, and it kind of comes back to these oppositions. You can see these opposing, everyone is kind of on one side of a pole. And so I think I enjoy things that are obvious, because I think sometimes if you’re trying to write music or something, like often the most obvious idea is the best one, or the first one that pops into your head. So when I’m writing music or when I’m improvising, I try not to second guess anything. Therefore, I do like this idea of something that’s obvious. I think sometimes people are searching too hard for something that’s mysterious, when sometimes the best thing is right in front of you. But then on the other hand, yeah, a lot of what I write is not so simple. So it does have complexity, or at least some. So yeah, I would say I would relate to that, of having both of those elements present.
Is this close from lessons you could have learned from Henry Threadgill: Never lose touch with the listener, no matter how far you go in the complexity of the form.
Hmm… It’s interesting. When I’m making music, I try to make music that I feel good about. And so I guess I’m not really trying to make music that caters to a listener. But that being said, I’m not trying to alienate a listener either. When I think about music, I think it’s impossible to please everybody, and the goal is not to please everybody. I think the goal is to please yourself. No matter what you do, people are going to hate your music, people are going to love your music. So I really, when I make music, I really try to consider, like, do I feel good about it? And I want to put something out there that I feel good about. And I’m neither trying to let people in or not. Like, of course, it’s great if people are able to enter your space and enjoy your music, but I also don’t expect that. So I guess that’s more how I think of it. Like, just put something out that I feel proud. Or happy with, or maybe not that I’m doing my best. And then, you know, see what comes back.
Was this close to your state of mind when you covered this Beatles song for the Impulse! compilation?
They asked me to do that and I’ve always loved the Beatles. So I thought, why not? That would be like a fun challenge, something I’ve never done before. I think covers are particularly tricky because you do a cover because you love the original and it’s almost impossible to do a version that’s better than the original. I just tried to do my own thing with it. I actually tried to do it almost from memory, like not listen to the song again, but just go from a space of like, what is my memory of that song from, from hearing the song as a child or for the first time. So trying to have it almost like removed from the original. So not going back and transcribing it or listening to it again, but trying to be like, this is my memory of this tune. That’s been kind of diluted or changed, you know, through years and through experience. This is my vague idea of this song. And, um, you know, hopefully it translates with a slightly different energy than the original. Cause if somebody wants the original, they can just go listen to it.
Anthony Braxton, Mary Halvorson and Taylor Ho Bynum / july 2009, in Madeira
backstage at the Verona Jazz Festival, Italy, 1994 © Michelle Kinney.
Aujourd’hui, le monde semble se diviser de plus en plus entre celleux qui privilégient la nuance et celleux qui choisissent d’être rassuré·es par une classification. Si l’on applique cela à la musique, on voit émerger le débat sur ce qui est jazz ou non. Te considères-tu comme une musicienne de jazz ?
Je ne sais pas, et en fait, j’essaie de ne pas m’en préoccuper. J’adore le jazz, et c’est probablement ma plus grande influence. C’est la musique que j’ai étudiée. Et c’est essentiellement le jazz qui m’a donné envie de devenir musicienne. Cela dit, je ne joue pas du jazz traditionnel, je dirais plutôt que je suis une musicienne influencée par le jazz. Mais je ne m’intéresse pas vraiment aux catégories. Donc si quelqu’un veut appeler ‘jazz’ ce que je joue, cela ne me dérange pas. Et si quelqu’un veut dire que je ne joue pas du tout ‘jazz’, que cela n’a rien à voir avec cette musique, cela ne me dérange pas non plus. J’ai beaucoup de respect pour l’histoire du jazz et toute la musique qui l’accompagne. Je comprends aussi pourquoi les catégories existent. Mais je pense vraiment que ce n’est qu’un moyen de classer un album quelque part dans un magasin de disques. Je considère donc plutôt cette étiquette comme une question pratique. Parce que j’aime la musique qui ne rentre pas parfaitement dans des catégories. Je ne m’en préoccupe donc pas trop. Et cela ne me dérange pas. Certaines personnes s’énervent vraiment à propos de la définition du jazz et se demandent si telle ou telle musique est du jazz. Ce n’est tout simplement pas mon cas. Je m’en fiche réellement.
Est-il difficile de rester libre en musique à notre époque ?
Non. Pour moi, la musique a toujours été une source de liberté, une échappatoire ou un espace dans votre vie où vous pouvez être totalement créative ou créatif et faire ce que vous voulez. Ainsi, peu importe ce qui se passe autour de moi, je pense que je trouve en elle un espace où cela a toujours été possible.
Ces derniers temps, des mouvements politiques radicaux émergent en France et ailleurs. Dans le domaine culturel, on commence à entendre dire que la bonne musique est celle qui est écoutée par un grand nombre de personnes. Penses-tu que la musique libre de musiciens libres puisse encore lutter contre cette idée commerciale ?
Dans un sens, oui, et c’est aussi le cas aux États-Unis. C’est plutôt inquiétant, comme partout dans le monde, cette montée du fascisme et des mouvements d’extrême droite. Et évidemment, ce n’est pas bon pour les arts, encore moins pour les formes de musique créatives. Mais j’ai aussi l’impression qu’il y aura toujours une résistance, et qu’elle agira toujours en underground. Dans de nombreux cas, cela va pousser les gens à travailler plus dur, à lutter contre cela et à manifester leur opposition, que ce soit en participant physiquement à une manifestation ou en créant une musique qui défend des valeurs opposées.
Tu vas donc jouer à Sons d’hiver avec un groupe appelé Illegal Crown. Cela pourrait nous ramener à la dimension politique de la musique que tu joues.
Beaucoup de gens font de la musique ouvertement politique, mais pour moi, cela dépend. Je suis heureuse d’en parler et de lutter contre cela, mais parfois, je considère la musique seulement comme un moyen de m’évader un instant et d’entrer dans un autre monde. Pour moi, la musique a souvent fonctionné comme un répit face à l’état extrêmement déprimant du monde. Mais là encore, il est impossible de séparer les deux choses. Je pense donc que les deux sont inextricablement liés. C’est drôle que nous ayons appelé ce groupe Illegal Crowns, car à l’époque, je pense que c’était plutôt un jeu de mots ou quelque chose comme ça. Maintenant, quand j’y repense, cela semble assez approprié à ce qui se passe actuellement. C’est assez intéressant.
C’est amusant de voir comment Illegal Crowns fait écho au mouvement actuel No King.
Oui, c’est intéressant, on dirait presque une prémonition.
Comment as-tu découvert la guitare électrique ? Était-ce ton premier instrument ?
Mon premier instrument était en fait le violon. J’en ai joué pendant quatre ou cinq ans en orchestre, mais cela ne me convenait pas vraiment. Puis j’ai découvert Jimi Hendrix quand j’avais environ 11 ans et c’était ce que je voulais faire. Je crois qu’il y avait une guitare acoustique qui traînait chez mes parents, qui appartenait à ma tante. Comme j’avais déjà quelques bases musicales, j’ai pu commencer à apprendre des morceaux toute seule, notamment des chansons des Beatles, mais c’est Jimi Hendrix qui m’a vraiment marquée au début. La guitare a donc été mon deuxième instrument. Puis j’ai trouvé un professeur qui était guitariste de jazz et il m’a initié à ce style. Au lycée, je me suis vraiment passionnée. J’ai aussi joué du saxophone alto pendant un certain temps. Mais ensuite, je devais choisir, et j’ai choisi la guitare.
Comment as-tu découvert l’improvisation ? Te souviens-tu de la toute première sensation ?
Je me souviens de la première fois où j’ai fait de l’improvisation libre. J’avais un ami qui était guitariste. C’était à l’époque où j’étudiais le jazz et où je faisais donc un peu d’improvisation. Je pense que ma première improvisation s’est faite sur un morceau, en apprenant des accords, des arpèges et des choses comme ça. Puis je me suis fait un ami dans un stage musical qui m’a dit : « Jouons de l’impro libre. » Je lui ai demandé : « C’est quoi ça ? » Il m’a répondu : « On va juste jouer, sans rien préparer avant. » Je me souviens de cette idée. Je n’avais jamais pensé à quelque chose comme ça auparavant. Je me souviens avoir trouvé cette expérience très excitante, de partir de rien. Mais c’est drôle, quand on étudie la musique et qu’on nous enseigne certaines choses, on n’envisage pas d’autres possibilités. Quelques souvenirs comme celui-là, une petite expérience, m’ont soudainement ouvert un tout autre horizon musical. J’avais probablement 13 ans ou quelque chose comme ça quand cela s’est produit.
Today the world seems to divide itself more and more between those who favor nuance and those who favor reassuring classification and if we apply this to music we can see the debate over jazz or not jazz emerging and in France nowadays. Do you consider yourself as a jazz musician?
I don’t know, I actually try to not worry about it. I love jazz, and it’s probably my biggest influence. And it’s the music that I studied. And jazz music is basically what made me want to be a musician. But that being said, I’m, I don’t play traditional jazz, I would say more, I’m a musician who’s influenced by jazz. But also, I don’t, I don’t really, I’m not too bothered with categories. So if somebody wants to call what I do jazz, I don’t get offended by that. And if somebody wants to say she doesn’t play jazz at all, it has nothing to do with jazz. I’m not offended by that either. Like, I see why the categories exist. And I have great respect for the history of jazz and all the music that comes with it. But I think really, it’s just a means to describe something. You have to put an album somewhere in a record store in some section. So I think of it more like that the label is like a practicality. Because I enjoy music that doesn’t neatly fit into categories. So therefore, I’m not I’m not too concerned about it. And I don’t get upset about it. Some people get really upset, you know, about that meaning what is jazz and is this music jazz? I think I just don’t. I don’t really care.
Is that difficult to remain free in music in our times?
I don’t think so. No. For me, music always has been the thing that’s freeing or an escape or a space in your life where you can be totally creative and do whatever you want. So for me, it’s more the point of music is creativity and being free. So regardless of what’s going on around me, I think I find it like a space where that’s always been the case.
These days in France emerge radical political movements. In culture, we began to listen that good music is music listened by many, many people. Do you think that free music of free musicians can fight against this commercial idea?
In a sense, and it’s in the United States, too. It’s just horrible, like all over the world, there’s this rise of fascism and right-wing extremist movements. And obviously, that’s not good for the arts, and it’s not good for more creative forms of music. But I feel like also there’s always going to be a resistance, and it’s always going to be kind of underground. So I think it really, in many cases, going to push people to work harder, to fight that and to do some kind of protest against it, whether that’s physically going to a protest or creating music that’s that stands for things that are that are the opposite of that.
Thus you’ll play in Sons d’hiver with this band called Illegal Crown. Perhaps is it bringing back the political dimension of the music you’re involved in?
A lot of people make music that’s quite overtly political and I feel like for me it depends. I’m happy to talk about it and fight against it but sometimes I consider the music like a way to get away from that for a minute and to get into another world. So I think more often for me that’s how music has functioned as like a respite from all the super depressing state of the world. But then again it’s impossible to separate the two things. So I think it’s both tangled together. It’s funny that we called that group Illegal Crowns because at the time I think it was more just a play of words or something. Now thinking about it’s like kind of apropos of what’s going on. That’s kind of interesting.
Funny how Illegal Crowns echoing the current No King movement.
Yeah, it’s interesting how it almost felt like a foreshadowing.
How did you discover the electric guitar? Was it your first instrument?
My first instrument was actually violin. I played violin for maybe four or five years in orchestras. I liked music but it just wasn’t right for me. Then I discovered Jimi Hendrix when I was about 11 and I thought that’s what I want to do. I think there was my aunt’s acoustic guitar at my parents house just lying around. Because I had some musical background I was able to start teaching myself songs and some of those were like beatles ones or Jimi Hendrix was really the first thing I was into. So guitar was my second instrument. But then I got a teacher who was a jazz guitarist and he started teaching me jazz. So then by high school, I got really into jazz. I actually played alto saxophone for a while, too. But then I felt I had to choose, and so I chose guitar.
How did you discover improvisation? Do you remember your very first sensation while improvising?
I remember the first time I did free improvisation. I had a friend who was a guitar player. This was when I was like studying jazz thus doing some improvising. I think the first improvising I did would be like over a tune, learning chords and arpeggios and things like that. And then I had a friend at this music camp and he’s like, let’s play free. And I was like, what’s that? And he’s like, we’re just going to play with nothing. And I remember that idea. It hadn’t even occurred to me. I never thought about something like that before. And I remember having this experience very exciting, just starting from nothing. But it’s funny when you’re studying music and you’re taught certain things, you don’t consider other possibilities. Few memories like that were a small experience just suddenly opened up a whole other corner of music for me. I mean, I was probably 13 or something when that happened.
« On demandait à Bill Frisell ce qu’il pensait de la pratique ou du fait de jouer de la musique, et il a répondu que c’était comme tailler un bloc de bois toute sa vie… »
« They asked Bill Frisell about practicing or about playing music, and he said it’s like chipping away at a block of wood your whole life… »
Comment définirais-tu ton son ?
J’espère qu’il n’est pas figé… (rires) J’essaie toujours de m’améliorer à la guitare et de faire évoluer mon son. J’ai toujours accordé beaucoup d’importance à la qualité acoustique de l’instrument. Et depuis que j’ai commencé à jouer de la guitare, j’ai toujours joué avec une attaque très forte. Je pense que j’ai un son très physique. J’aime entendre le son du bois, des cordes et de l’instrument. Mais c’est aussi une guitare électrique, donc elle peut changer la forme de l’enveloppe sonore, il y a les pédales d’effets avec lesquelles jouer. J’aime commencer avec un son clair, puis avoir la possibilité de brouiller les cartes.
On pourrait te considérer comme une musicienne libre parce que tu es très prolifique avec près de 35 albums en tant que leader ou co-leader. Que représente un disque pour toi ? Est-ce un instantané ? Est-ce une offre économique ? Est-ce un moyen de laisser aller ses idées afin d’en trouver de nouvelles ? Un moyen d’explorer le son ?
Ce serait plutôt un instantané. Quand je fais un disque, j’essaie vraiment de tout y mettre et de le rendre le meilleur possible, quel qu’il soit. Donc, si je pense à quelque chose, je le mets dedans, comme si je voulais en finir avec ça. Et ensuite, je ne veux plus refaire le même album. Je pense donc que c’est, en quelque sorte, pour moi, un exercice créatif sur ce à quoi je pense à ce moment-là.
Nous parlons de disques. Es-tu toujours une ardente diggeuse de vinyles ?
Oui, bien sûr. Je suis une grande fan de vinyles, j’adore dénicher de nouveaux disques. J’écoute beaucoup de vinyles chez moi. C’est le bazar total, parce que je n’ai rien classé par ordre alphabétique, et je ne retrouve rien. Il y a des vinyles partout. Mais sinon, oui, j’adore acheter des vinyles.
Quel est le dernier ?
Oh là là, c’est une bonne question… Hum… J’aimerais être chez moi en ce moment, parce que j’ai toute une pile devant ma platine vinyle… Quelque chose avec Jim Hal je crois…
Je t’ai définie comme une musicienne libre, mais j’ajouterais que tu possèdes un vrai sens de la prise de risque et une sorte de, sans vouloir t’offenser, d’obstination. Ceci te rapprocherait de guitaristes comme Noël Akchoté ou Marc Ribot que tu as pu côtoyer.
J’adore ces deux musiciens, assurément. J’apprécie les guitaristes qui ont une voix très forte et quelque chose d’unique. Et je pense que Noël et Marc entrent clairement dans cette catégorie, ce sont des musiciens pour lesquels j’ai toujours eu beaucoup de respect et d’admiration.
Ce qui te rapproche d’eux, si je peux insister, c’est aussi une finesse dans ton jeu, dans ton écriture, qui fait écho à une grande puissance.
Je me souviens d’une fois où… Je crois que c’était dans un documentaire… On demandait à Bill Frisell ce qu’il pensait de la pratique ou du fait de jouer de la musique, et il a répondu que c’était comme tailler un bloc de bois toute sa vie… Juste essayer de tailler et de s’améliorer. Je ne me considère pas du tout comme un prodige, et j’ai l’impression d’avoir encore beaucoup à apprendre. Mais c’est ce que je ressens, à chaque fois que je m’assois et que je travaille, j’essaie juste de progresser sur l’instrument de toutes les manières possibles, que ce soit la technique, l’écoute ou la découverte de nouvelles choses. J’ai l’impression d’être constamment en train d’essayer de m’améliorer, et c’est quelque chose qui s’apparente à la recherche de la qualité. Je pense souvent aux musicien·nes qui ne se contentent pas d’être à l’aise avec leur outil, mais qui regardent au-delà de ce qu’ils savent faire. Noël et Marc sont ainsi.
Jouer ne serait donc rien d’autre qu’une quête.
Oui, et cela rejoint en quelque sorte ce que tu disais à propos des styles en musique. Une des raisons pour lesquelles je ne veux pas me cantonner à un style, c’est parce que je tiens vraiment à la possibilité d’aller n’importe où, dans n’importe quelle direction. Tu sais, si j’avais envie de faire un album pop, je le ferais. Cette idée de recherche est faite de collaboration avec des gens venus d’horizons musicaux très différents. C’est quelque chose qui a toujours été important pour moi. Plus on reste ouvert·e, plus on évite de se cantonner à des catégories, mieux c’est. Je ne veux pas être mise dans une case ou étiquetée d’une certaine manière. Si j’arrive à faire ça, j’ai alors la possibilité de créer plus de choses, d’apprendre davantage.
How would you define your sound?
Hopefully not fixed… (laughs) I’m always trying to get better at the guitar and, and change my sound. I’ve always cared a lot about the acoustic quality of the instrument. And ever since I picked up a guitar, I played with a very strong attack. I have, I think a very physical sound. So I like to hear the sound of the wood and the strings and the instrument. But also it’s electric guitar, so it’s shape-shifting and you have pedals and you can mess around with the, I like to start with a clean sound and then also have the option to mess around with it.
We may think about you as a really free musician because you are very prolific with nearly 35 albums as a leader or a co-leader. What does a record represent for you? Is it a snapshot? Is it an economic offering? Is it a way to let go of ideas in order to find new ones? A way to explore sound?
I kind of think it’s more like a snapshot at like. When I make an album, I try to really put everything into it and make it the best it can be of whatever that is. So if I’m thinking about something, I’m putting into that, like I want to be done with it. And then I don’t want to make the same album again. So I think it’s, it’s sort of, for me, a creative exercise in what I’m thinking about at the moment.
We talk about records. Are you still an arden digger of vinyl records?
Yeah, for sure. I’m a big vinyl person, so I love finding new records. I listen to a lot of vinyl at home. It’s a total mess, though, because I haven’t alphabetized anything, and I can’t find anything, and there’s just different vinyl everywhere. But no, I do. I love buying vinyl and listening to vinyl.
What was the last record you bought?
Oh boy that’s a good question… Hum… I wish I was at home now because I have a whole stack of them sitting in front of the record player… Something that has Jim Hall on it…
I defined you as a free musician but I would add a certain risk taking and a kind of, no offense, stubbornness. which would bring you closer to guitarists like Noël Akchoté or Marc Ribot. You’ve played with both of them by the way.
Yeah, I love both of those musicians for sure. I appreciate guitar players that have a very strong voice and that have a really unique thing. And I think Noël and Marc both very clearly fall into that category and they’re musicians I’ve always had great respect and admiration for.
What brings you closer to them, if I may insist, is also a finesse in your playing, in your writing, that echoes from an strong power.
I remember once… I think it was in a documentary. They asked Bill Frisell about practicing or about playing music, and he said it’s like chipping away at a block of wood your whole life… Just trying to chip away and get better, and I think I don’t consider myself, like, prodigious at all, or I feel like I have so much to get better at on the guitar, so that’s how I feel, like, every time I sit down and practice, just trying to grow on the instrument in every way, whether it’s technique or ear training or finding new things on the instrument. So to me I feel constantly in a state of trying to be better, and I think that’s something, like searching quality. I think of musicians that are looking for something beyond, not just being comfortable with the tools that they have, but, trying to go beyond that. I definitely think Noel and Marc as well would.
Playing would be nothing but a quest.
Yeah, and I mean, this kind of ties back to what you’re saying about genre. And I think part of the reason I don’t want to fall into a genre is because I really do care about the possibility to go anywhere to go in any direction. You know, if I felt like making a pop record I would do it. I think there is that idea of research and also of working with people that are coming from all different musical places. That’s always something that’s been important to me. So I think the more you can remain open and not fall into categories the better. I don’t want to be like put in a box, or like labeled in a certain way. And I think if I’m able to pull those things off, then I have the opportunity to do more things, to learn more and to meet people coming from all different places.
Je donne peut-être l’impression que je te considère comme improvisatrice mais l’écriture est également très importante pour toi.
C’est certain. J’ai toujours aimé composer. Et de plus en plus, je trouve qu’il m’est difficile de séparer ces deux choses. Parce que tous mes albums en tant que leader comportent une part de composition. Certains plus que d’autres. J’ai l’impression qu’improvisation et composition, ça vient de la même partie du cerveau.
Cette idée te relie à l’école de John Zorn : faire musique de tout.
Que veux-tu dire par « tout » ?
Tous les styles, les répertoires, en intégrant à ta musique des éléments jazz, pop, classiques, traditionnels aussi.
Je ne pense pas le faire exprès. Ce n’est pas tant que je veuille que cela vienne de tout, mais plutôt que je ne veux éliminer aucune possibilité. Probablement que certains de mes disques sont plus fortement influencés par un style ou une autre, simplement parce que c’est ce à quoi je pense sur le moment. Pour moi, idéalement, c’est comme un kaléidoscope où l’on voit toutes ces choses sans pouvoir vraiment en identifier une en particulier.
Exemple de cela avec le disque de ton 40e anniversaire, Artlessly Falling, avec le groupe Code Girl. Tu y es inspirée par la forme écrite de la poésie. Ton inspiration dépasse souvent la musique, non ?
C’est tout à fait vrai. Je pense que cela s’explique en partie par le fait que la plupart des morceaux que j’écoute ont des paroles et sont chantés. Je me suis donc demandé : « Pourquoi ? Pourquoi est-ce ainsi ? À quoi cela ressemblerait-il d’écrire de la musique avec des paroles et des mots ? » Puis, quand j’ai réfléchi à la forme poétique et à la manière dont elle pouvait être transposée en musique, cette idée m’a vraiment intéressée. Si vous avez les paroles d’abord, vous savez de quoi parle la chanson, mais vous pouvez aussi utiliser la forme pour créer une structure dans la musique. Donc, si vous avez une forme irrégulière, peut-être comme un rythme à 13 temps, cela peut se traduire d’une manière ou d’une autre dans la musique. Je trouve ce genre de choses assez cool. Cela peut s’appliquer à n’importe quoi, comme… Tiens, mon père est architecte paysagiste. Mon premier emploi à New York était dans un cabinet d’architectes. J’ai donc toujours pensé à cela aussi, comme une source d’inspiration pour les structures. Elles ne sont qu’une forme différente de créativité. Cela peut aussi être aussi simple que d’aller dans un musée et de regarder un tableau. Mais souvent, mes influences sont moins littérales que cela.
I may give the impression that I consider you improvise constantly, but I think writing is also very, very important to you.
For sure. Yeah. I think I’ve always enjoyed composing. And more and more, I think it’s harder for me to separate those things. Because all of my leader records have some element of composition. Some of them are more highly composed than others. But I think, yeah, that’s something that I really enjoy. I feel like it’s coming from the same part of the brain.
This idea connects you to the ‘John Zorn school‘, making music out of everything.
What do you mean by out of everything?
Everything, every genre, every repertoire, not considering yourself as a pure jazz musician. But putting in your music, pop elements, classical elements, traditional ones, too.
I don’t think I’m not trying to do that on purpose. I think it’s less that I want it to be coming from everything and more that I don’t want to eliminate anything as a possibility. But I think probably there’s certain records I’ve done that are more heavily influenced by one thing or another, just because that’s what I’m thinking about in the moment. You know, so it’s. Yeah, I think for me, ideally, it’s almost like a kaleidoscope of, you know, seeing all these things and not be able to really pinpoint one or two influences.
An example is your 40th anniversary records, ‘Artlessly Falling’, with the Code Girl group. You were inspired by the form of the written poetry. Your inspiration can be found everywhere and not especially in music, right?
Yeah, that’s true for sure. I think part of the reason for that is so much of the music I’m listening to has lyrics and singers. And so I kind of thought, well, what, what’s up with that? Like, why is that a thing? Or like, what would it be like to actually write music with lyrics and words? Then if you think about the idea of poetic form and how that can be translated to musical form, that idea really interested me. Cause I’ve always liked to have lyrics first. Cause if you have the lyrics first, you know what the song is about, but also you can use the form to create a structure in the music. So if you have an irregular form maybe like a 13 beat thing, then that can somehow translate into the music. So I think that kind of stuff is, is pretty cool. It could relate to anything like… Uh, my father’s a landscape architect. My first job in New York was working in an architecture firm. So I’ve always thought about that too, as like a inspiration for structures. I think it’s all just different forms of creativity. So it also could be as simple as going to a museum and looking at a painting. But often my influences are less literal than that.
Tu fais aussi musique de tout le monde. Est-ce difficile de rester attentive et curieuse de ce qui se passe sur scène ?
Je m’intéresse vraiment à ce qui se fait actuellement dans le domaine musical et aux disques qui sortent partout dans le monde. Il y a tellement de musique qu’il est impossible de tout suivre. Il y aura toujours des lacunes dans vos connaissances musicales, quels que soient vos efforts. Cela dit, j’essaie d’écouter beaucoup de musique, ancienne et nouvelle. Mais aussi la musique qui se joue actuellement sur scène, en particulier à New York, simplement parce que j’y vis et que j’essaie de me tenir au courant des jeunes musiciens qui émergent et de voir ce que font les gens. Pour moi, c’est assez génial de pouvoir jouer dans un festival quelque part, et de pouvoir écouter autant de musique que possible. J’essaie d’aller à pas mal de concerts à New York. C’est primordial. Une partie de mon influence vient de mes contemporains, et pas seulement de mes héros en musique.
On entend facilement dans ta musique comment l’individu façonne le collectif. Quel espace accordes-tu aux musicien·nes quand tu les réuni·es ?
J’ai toujours beaucoup aimé le modèle de Duke Ellington, qui consiste à mettre en avant des personnes ou à essayer de créer quelque chose qui permette à quelqu’un de vraiment se démarquer. C’est en partie le défi que je me lance lorsque j’accueille un musicien dans mon groupe. J’ai choisi ce musicien parce que j’adore sa façon de jouer. Alors, comment puis-je créer une structure ou quelque chose qui lui permette vraiment de s’épanouir ? Et c’est intéressant aussi, parce que je joue dans beaucoup d’autres groupes. Et je pense que cela fait partie de mon apprentissage : je me dis « waouh, c’est vraiment amusant de jouer ça ». Pourquoi ? Comment puis-je créer cela à ma manière ? Ce qui m’a toujours tenu à cœur, c’est de mettre tout le monde en avant. Je n’essaie pas de prendre la lumière seule. Je veux que tous les membres du groupe aient autant d’espace pour créer, car tout le monde est impliqué. J’essaie simplement de créer un cadre où différentes choses peuvent se produire chaque soir. Ce n’est pas que je m’ennuie facilement, mais… Tu sais, si je joue exactement le même set et que les chansons se déroulent toujours de la même manière, ça me fatigue très vite. Donc, pour moi, le groupe idéal est un groupe avec lequel on peut partir en tournée et où les morceaux se développent sans cesse et jamais de la même façon.
Quel genre de leader es-tu ?
Je n’aime pas contrôler les choses. Je ne veux pas dire aux gens comment jouer, car je n’aime pas qu’on me dise comment jouer. J’essaie donc de parler le moins possible et de créer un morceau de musique que je peux simplement donner à quelqu’un, histoire de voir ce qui se passe. Et bien sûr, si quelque chose ne va pas, je le dis. Mais le plus important, c’est vraiment de choisir les bonnes personnes. Je réfléchis beaucoup aux musicien·nes que je veux dans le groupe, aux raisons pour lesquelles je les veux et à ce qu’ils peuvent apporter au groupe. Chacun·e doit être fiable, excellent musicien, être unique, avoir de multiples compétences, savoir écouter et ne pas monopoliser la musique.
En écoutant cela, je me demande s’il existe beaucoup de musiciens qui possèdent toutes ces qualités.
Il y en a et c’est même ce qui est incroyable ! Rien qu’à New York, il y a tellement de musicien·nes excellent·es, super créatif·ves, de très haut niveau et très cools. Parfois, on prend un risque ou on tente sa chance avec quelqu’un qu’on ne connaît pas très bien. J’ai toujours eu beaucoup de chance avec les gens. Je pense avoir une bonne intuition pour cela.
J’ai beaucoup parlé de musiciens masculins, mais quand, en 2018, tu sors Code Girl, quelle est la signification du titre ?
Tout d’abord, la signification de ce titre, Code Girl, vient d’Anthony Braxton, car c’est quelque chose qu’il disait, juste en passant. Je ne sais même pas de quoi il parlait. Mais il disait quelque chose comme « oh, hello la code girl ». Et il m’a filé le code : 5-5-5-5. Cela ne signifie pas nécessairement quelque chose. C’était juste une chose dite en passant. Je suis sûre qu’il ne se souvient même pas de l’avoir dite. Mais comme je suis toujours à la recherche de titres, je l’ai notée. Je me suis dit que Code Girl, c’était plutôt cool. Avec le contenu des paroles, qui semblaient codées et cryptiques, pas vraiment directes, mais plutôt ambiguës, ça collait bien au titre du groupe. Après, pour le fait de travailler avec des femmes, la question est intéressante, parce que ça a beaucoup changé. Quand j’étais plus jeune, au lycée puis à l’université, j’étais presque toujours la seule femme. Et je m’y suis habituée. Puis, à un certain moment, les choses ont commencé à changer. Je participais à des stages, et j’étais toujours la seule fille à jouer de la guitare. Parfois, il y avait quelques autres femmes, mais elles jouaient d’un autre instrument. Je n’avais donc pas beaucoup de rôle modèles féminins. Cependant, j’ai eu beaucoup de chance, car j’ai rencontré beaucoup de rôles modèles hommes qui m’ont vraiment soutenue. Je me sens donc chanceuse, et toutes les femmes qui débutent n’ont pas cette chance. Au fil du temps, j’ai rencontré de plus en plus de femmes qui jouaient ce genre de musique créative et j’ai travaillé avec de plus en plus de femmes, y compris des musiciennes que j’admirais vraiment, comme Myra Melford ou Sylvie Courvoisier. Je pense qu’aujourd’hui, il n’est pas rare pour moi de faire partie de groupes où les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Et je trouve ça vraiment génial, car c’est très différent dans le fonctionnement d’un collectif. C’est même ainsi que ça devrait être. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Si on regarde la situation dans son ensemble, c’est toujours un monde dominé par les hommes. Il y a quelque chose de particulier avec la guitare. Il faudrait vraiment plus de femmes guitaristes.
You’re also making music out of everyone. Is something difficult to stay aware and curious of what happening on stages?
I’m definitely interested in keeping up with who’s making music now and current albums that are coming out from anywhere. There’s so much music that it’s impossible to keep up. You’re going to have gaping holes in your knowledge of music, no matter how hard you try. But that being said, I do try to listen to a lot of music, old and new. But also current music, especially in New York, just cause I live there trying to be aware of younger musicians that are coming up and to check out what people are doing. Um, and you know, for me, it’s great if I’m going to play at a music festival somewhere I’ll always try to listen to as much music as possible. I try to go to a lot of shows when I’m in New York. Cause I think that’s really important. A part of influence for me is like my contemporaries not just my heroes.
We can easily hear in your music how the individual shapes the collective thing. What’s the space you dedicated to musicians you’ve brought together?
I think I’ve always really liked almost the Duke Ellington model of featuring people or trying to create something where somebody can really step forward. That’s part of the challenge for me when I have a musician in my band. I’ve chosen that musician because I love their playing. So how can I create a structure or something where they can really just go? And that’s interesting, too, because I play in a lot of other people’s bands. And that’s, I think, part of how I learn is like, wow, this thing is really fun to play over. Like, why is that? Or how can I create that in my own way? But it’s something I’ve always cared about is really featuring everybody. I’m not trying to put myself first. I want everybody in the band to kind of equally have space to create because everyone’s engaged. I just try to create a framework where different things can happen each night. So it’s not I think I get bored very easily. You know, if I’m doing the exact same set and the songs are kind of going the same way, I get sick of that. So I think for me, an ideal band is a band where we can go on the road and the songs unfold very differently.
What kind of leader are you?
I don’t like to control things. I don’t want to tell people how to play cause I don’t like being told how to play. So I think I really try to do as little talking as possible and, and create a piece of music that I can just hand to somebody and then kind of see what happens. And of course, if something isn’t right or isn’t going in the right direction, I will say something. But I mean the thing that’s most important really is choosing the right people. I think a lot about which musicians I want in the band and why and what they can bring to the band. I also want someone who’s reliable and somebody I can trust. They have to be an excellent musician. They have to be unique, have to have like multiple skills, be great listeners, not monopolize the music.
While listening to this, I’m asking myself if there are many musicians with all these qualities.
But there are. That’s what’s amazing. In New York alone, it’s like there’s so many musicians that are excellent musicians, super creative on a really high level and also nice people. Sometimes you’re taking a risk or taking a chance on somebody you don’t know as well. But I think I’ve been pretty lucky with people. I think I have a good intuition for people generally.
I’ve mentioned a lot of male musicians, but in 2018 you released ‘Code Girl’. What’s the meaning behind the title of this record?
First of all, I will say the meaning of that title, Code Girl, actually does come from Anthony Braxton, because it was something he said in passing. I don’t even know what he was talking about. But he said something like, oh, Hi the code girl. And he told me the code was 5-5-5-5. It doesn’t mean anything necessarily. It was just something he said. I’m sure he doesn’t remember saying it. But because I’m always looking for titles, I had written it down. I said, Code Girl, that’s kind of cool. And then I think with the lyrical content, because it seemed kind of coded and cryptic, not really direct lyrics, but lyrics that have more ambiguous meaning, I thought it kind of worked for the title of the band.
But yeah in terms of working with women, it’s interesting, because it’s changed a lot. Like when I was growing up, like when I was in high school, maybe, even college, I was almost always the only woman. And I really just got used to it. And then things started shifting at a certain point. I would go to these camps, and I was always the only girl playing guitar. Sometimes there were a couple other women, but it would be on a different instrument. So I didn’t have a lot of female role models. However, I think I was quite lucky, because I had a lot of male role models who were really supportive. And I had a really good group of supportive peers. So for that, I feel lucky, because not every woman starting out has that. That being said, it was something that was missing in my life, for sure.
As time passes, I’ve just met more and more women playing this kind of music and working with more and more women, including people I’ve really looked up to, like Myra Milford or Sylvie Courvoisier. I think now it’s not uncommon for me to be in bands where women outnumber men. And I think that’s really great, because it’s very different. And I think that’s how it should be. And there’s still a long ways to go. It’s interesting, because now I feel like, even though there’s so many more women on the scene, if you look at the big picture, it’s still a very male-dominated world. There’s something about the guitar in particular. There needs to be more more women playing guitar for sure.
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