entretiens & playlists
impulse!
& international anthem
by/par fabien simon, Sons d’hiver festival director oct. 2025
Jamie Krents
— PDG de Verve label Group
Fabien Simon : Depuis la fin des années 1970, Impulse! a connu des périodes de sommeil et changé de mains à plusieurs reprises, au point qu’on pourrait perdre de vue la direction artistique de ce label légendaire. Où en est le label aujourd’hui ? Quelle est sa ligne éditoriale ?
Jamie Krents : Impulse! Records est une pièce maîtresse du Verve Label Group, une division d’Universal Music. Bien que je puisse comprendre pourquoi certaines itérations précédentes ont pu sembler moins fidèles à l’esprit originel du label, nous sommes très fiers de constater qu’au cours des neuf dernières années, Impulse! a rétabli sa réputation en tant que maison pour certains des artistes les plus audacieux et visionnaires du jazz.
FS : Ces dernières années, avec des signatures comme Shabaka, Brandee Younger, Irreversible Entanglements, The Messthetics & James Brandon Lewis, entre autres, Impulse! semble déterminé à donner plus de place à des projets qui repoussent les limites du jazz — ravivant ainsi un esprit avant-gardiste que le label avait quelque peu laissé de côté. Quelle a été la réflexion derrière ce retour à l’avant-garde ? Comment se prennent les choix artistiques pour les nouvelles sorties ?
JK : Heureusement, les pionniers d’Impulse! ont laissé une feuille de route claire montrant que même les artistes les plus avant-gardistes peuvent trouver leur public s’ils réalisent des disques marquants. Nous considérons Impulse! comme un continuum où les nouveaux enregistrements de Shabaka, Brandee et des autres artistes actuels s’inscrivent de manière cohérente aux côtés de nos titres les plus emblématiques du catalogue, comme A Love Supreme de John Coltrane ou Black Saint and the Sinner Lady de Charles Mingus, pour n’en citer que quelques-uns.
Un grand mérite revient à Dahlia Ambach-Caplin, responsable A&R qui a signé la plupart des artistes actuels d’Impulse! et qui est ma partenaire dans la constitution du roster moderne. Nous cherchons avant tout des artistes qui ont quelque chose d’unique à dire.
FS : Dans le marché du disque actuel, comment Impulse! envisage-t-il les années à venir ? À quoi imaginez-vous que le label ressemblera dans dix ans ?
JK : Nous pensons que c’est le meilleur marché pour un label comme Impulse! depuis sa création en 1960. Les auditeurs sont moins attachés aux genres que jamais et nous constatons que les jeunes fans sont extrêmement ouverts et intrigués par les musiciens qui font des déclarations artistiques intemporelles et uniques. Il y a un optimisme sincère quant à la capacité du label à continuer de s’appuyer sur son riche catalogue et à rester une maison vibrante pour les artistes pionniers.
Jamie Krents
— CEO-President of Verve label Group
Fabien Simon:Since the late 1970s, Impulse! has gone through periods of dormancy and changed hands several times, to the point where one could lose track of the artistic direction of this legendary label. Where does the label stand today? What is its editorial policy?
James Krents: Impulse! Records is a cornerstone of the Verve Label Group, a division of Universal Music. While I can understand why some previous iterations may have seemed less faithful to the label’s original spirit, we are very proud to see that over the past nine years, Impulse! has restored its reputation as a home for some of the most daring and visionary artists in jazz.
FS: In recent years, with signings such as Shabaka, Brandee Younger, Irreversible Entanglements, and The Messthetics & James Brandon Lewis, among others, Impulse! seems intent on giving more space to projects that push the boundaries of jazz—reviving an avant-garde spirit the label had somewhat left behind. What was the thinking behind this return to the avant-garde? How are the artistic choices for new releases being made?
JK: Fortunately, the pioneers of Impulse! left behind a clear roadmap showing that even the most avant-garde artists can find an audience if they make powerful, lasting records. We view Impulse! as a continuum, in which new recordings by Shabaka, Brandee, and other current artists sit coherently alongside the most iconic titles in our catalog, such as A Love Supreme by John Coltrane or The Black Saint and the Sinner Lady by Charles Mingus, to name just a few.
Much of the credit goes to Dahlia Ambach-Caplin, the A&R executive who has signed most of Impulse!’s current artists and who is my partner in shaping the modern roster. Above all, we look for artists who have something unique to say.
FS: In today’s record market, how does Impulse! envision the years ahead? What do you imagine the label will look like ten years from now?
JK : We believe this is the best market for a label like Impulse! since its founding in 1960. Listeners are less attached to genres than ever before, and we see that young fans are extremely open and intrigued by musicians who make timeless, singular artistic statements. There is genuine optimism about the label’s ability to continue building on its rich catalog and to remain a vibrant home for pioneering artists.
12 tracks @ impulse!
16 tracks @ international anthem
Scott McNiece
— cofondateur du label
International Anthem
Fabien Simon : International Anthem a célébré son 10ᵉ anniversaire en 2024, et on a l’impression que le label a toujours été là. Peux-tu nous rappeler ce qui vous a poussé à le créer à une époque où vendre des disques est loin d’être une évidence — et où cela demandait sans doute beaucoup de persévérance ? La passion, j’imagine ?
Scott McNiece : Lorsque nous avons lancé ce label, la motivation était avant tout très simple : l’inspiration que nous procuraient les artistes qui nous entouraient à Chicago, et le sentiment que beaucoup d’entre eux avaient réellement besoin d’accompagnement. À l’époque, il n’existait pas vraiment d’industrie ni d’infrastructures pour la musique créative à Chicago, ni beaucoup d’opportunités ou de débouchés pour les artistes qui faisaient ce type de musique afin d’enregistrer et de publier des disques. Et comme je le disais, nous étions profondément inspirés par les artistes de notre entourage — des musiciens que j’avais rencontrés à travers mon travail de programmateur de concerts à Chicago. Je trouvais que ces musiciens faisaient partie des artistes les plus incroyables et les plus innovants que j’aie jamais entendus, et je savais qu’ils méritaient de toucher un public bien plus large. Je voulais mettre à contribution le temps, l’expérience et les compétences que j’avais, afin de les aider à développer leur audience.
FS : Comment envisagez-vous la direction artistique du label ? Qu’est-ce qui guide votre décision de soutenir un artiste plutôt qu’un autre ? Avez-vous une stratégie particulière en tête ?
SMcN : Hmm… eh bien, nous essayons de ne pas être trop formatés ni enfermés dans des habitudes. Mais je dirais que la curation du label est avant tout fondée sur la communauté. Nous privilégions le travail avec des artistes qui sont liés, d’une manière ou d’une autre, à des artistes avec lesquels nous collaborons déjà.
FS : Ce que je trouve remarquable, c’est votre ancrage géographique et votre capacité à construire une communauté avec les musiciens — d’abord à Chicago, puis aujourd’hui à Los Angeles. Parle-nous de la scène jazz et musiques improvisées à L.A. : qu’est-ce qui la définit ? Comment la décrirais-tu ? Comment International Anthem a commencé à travailler avec SML, Anna Butterss et Jeremiah Chiu ?
SMcN : Oui, tu as tout à fait raison. Comme je l’ai mentionné plus haut, la construction d’une communauté est absolument ce qui nous motive et ce qui unifie notre travail. Et c’est aussi la réponse à la question de savoir comment nous avons commencé à travailler avec Jeremiah Chiu, Anna Butterss et SML ! Ce sont pour la plupart des musiciens que nous avons rencontrés à l’origine à Chicago, à travers notre travail là-bas. Josh Johnson, de SML, a été l’un des tout premiers musiciens que j’ai programmés lorsque j’ai lancé ma première série de concerts de jazz au Curio à Chicago, en 2011. Il vivait à Chicago avant de s’installer à Los Angeles. Et Anna Butterss venait aux concerts de Josh au Curio… pour écouter !
Toujours à cette époque, au Curio, j’ai programmé Gregory Uhlmann (de SML). Je crois qu’il n’avait que 19 ans à l’époque. Et avant de déménager à Los Angeles, Jeremiah Chiu vivait à Chicago (il a grandi juste à l’extérieur de la ville) et réalisait des travaux de graphisme pour l’organisation où International Anthem avait son tout premier bureau (Public Media Institute, Lumpen radio/magazine, dans le sud de Chicago). C’est ainsi que nous nous sommes rencontrés.
Lorsque j’ai déménagé à Los Angeles en 2019, Jeremiah y vivait déjà depuis quelques années et il est rapidement devenu l’un de mes plus proches amis ici. En m’installant à Los Angeles, j’ai commencé à aller voir les concerts des musiciens que je connaissais sur place — Anna, Josh, Greg et Jeremiah, ainsi que Jeff Parker bien sûr, avec qui nous travaillions déjà et qui vit à Los Angeles depuis 2012. À partir de là, je dirais que la construction de la communauté et la « curation » des sorties de ces artistes se sont faites très naturellement. Même s’ils ne représentent pas à eux seuls l’ensemble de la scène jazz et musique improvisée de Los Angeles, ces musiciens incarnent à bien des égards ce que je considère comme une nouvelle facette très stimulante de cette scène — une facette que j’appelle affectueusement la « school of Jeff », puisque beaucoup d’entre eux sont soit des protégés de Jeff Parker, soit reliés à sa musique d’une manière ou d’une autre.
FS : Dans le contexte actuel du marché du disque et de la musique live, comment envisagez-vous votre évolution dans les années à venir ? Où imaginez-vous que le label sera dans dix ans ?
SMcN : L’environnement actuel rend très difficile toute projection à dix ans, tant le rythme auquel la technologie transforme nos cultures, nos industries et nos réalités — et l’humanité dans son ensemble — est fulgurant. Nous allons donc avancer de la seule manière que nous connaissons : en plaçant la communauté au cœur de notre travail, en essayant de rester inspirés, et en continuant à apporter des contributions essentielles et singulières aux artistes et aux publics que nous accompagnons.
Scott McNiece
— cofounder of International Anthem
Records company
Fabien Simon: International Anthem celebrated its 10th anniversary in 2024, and it feels like you’ve always been around. Could you remind us what drove your decision to start this label at a time when selling records was anything but obvious—and probably required a lot of perseverance? Passion, I imagine?
Scott McNiece: When we started this label, it was very purely motivated by how much the artists around us in Chicago were inspiring us, and how much we felt like many of them really needed facilitation. It didn’t seem like there was much industry/infrastructure for creative music in Chicago at that time, or many opportunities or avenues for artists making music like that to make and release records. And as I said… we were incredibly inspired by the artists in our orbit – which were artists that I had gotten to know through my work as a show promoter in Chicago. I thought these cats were some of the most incredible, most innovative artists I’d ever heard, and I knew that they deserved to have much larger audiences. I wanted to bring the time, experience and skills that I had to the table, to help grew their audiences.
FS: How do you envision the artistic direction of the label? What guides your decision to support one artist over another? Do you have a specific strategy in mind?
SMcN: Hmmm… well, we try not to be too formulaic or stuck in our ways… But I would say the curation of the label is primarily community-based. We prioritize working with artists who are connected, in some way, to artists we are already working with.
FS:What I find remarkable is your geographical grounding and your ability to build community with musicians—first in Chicago, and now, it seems, in Los Angeles. Tell us about the jazz and improvised music scene in Los Angeles —what defines it? How would you describe it? How did you begin working with SML, Anna Butterss, and Jeremiah Chiu?
SMcN: Yes, you are correct, as I mentioned above, building community is absolutely the thing that motivates us and unifies our work. And that is also the answer to the question of how we began working with Jeremiah Chiu, Anna Butterss, and SML! They are mostly musicians that we originally met in Chicago, through our work there. Josh Johnson of SML was one of the first musicians I booked when I started my first jazz series at Curio in Chicago in 2011. He lived in Chicago before he moved to LA. And Anna Butterss came to Josh’s gigs at Curio, to listen! Also in those early days at Curio, I booked Gregory Uhlmann (of SML) to play. I think he was just 19 years old at the time? And before he moved to LA, Jeremiah Chiu lived in Chicago (he grew up just outside of the city), and he used to do graphic design work for the organization where International Anthem had its first office (Public Media Institute, Lumpen radio/magazine, on Chicago’s south side). We met each other that way, and when I moved to LA in 2019, he had already been living here for a few years, and quickly became one of my closest friends here. As I settled into LA, I started going out to gigs by the musicians that I knew here – Anna, Josh, Greg, and Jeremiah, in addition to Jeff Parker, of course, who we already worked with, and who has been living in LA since 2012 – and I’d say from there, the community building and « curation » of releases by these artists happened very naturally from there. Although they don’t uniformly represent the entirety of the LA jazz/improvised scene, these musicians in many ways represent what I think is a very exciting new facet of the LA jazz/improvised music scene – a facet that I lovingly refer to as the « school of Jeff », since so many of them are either proteges of Jeff Parker or are connected to his music in some way.
FS:In today’s record market and live music environment, how do you see yourselves moving forward in the coming years? Where do you imagine the label will be in 10 years?
SMcN: Today’s environment makes it very hard to predict where music (and humanity at large) will be in 10 years, with the incredible pace that technology is remaking our cultures, industries, and realities… So, we are going to move forward the only way we know how: with community in the core of our work, try to stay inspired, and keep trying to make essential, unique contributions to the artists and audiences we serve.
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