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les sons de la
science fiction

autour de La planète sauvage
film de rené Laloux (film, 1973)
& spectacle hybride
de l’Orchestre National de jazz (dir. sylvaine Hélary, 2025)

Plus de cinquante ans après sa sortie, La Planète Sauvage demeure l’un des films d’animation les plus beaux et originaux de l’histoire du cinéma. Fable de science-fiction signée René Laloux et Roland Topor, le film installe son intrigue sur une planète où vivent des humanoïdes géants à la peau bleue parvenus à un stade de civilisation très avancé, qui ont domestiqué les hommes. L’ambiance si particulière du récit doit beaucoup à la musique composée par Alain Goraguer – pianiste, compositeur et arrangeur de génie pour le gratin de la variété française – où se mélangent rock progressif, funk et pop.
Pour marquer ses débuts à la direction de l’Orchestre National du Jazz, la compositrice et flûtiste Sylvaine Hélary a impulsé cette ambitieuse relecture contemporaine du film, en revisitant et réarrangeant sa musique mais pas seulement. La Planète Sauvage version ONJ, c’est un ciné-concert “éclaté”, création hybride et contemporaine interprétée par deux comédiennes, chanteuses et sept solistes, qui feront dialoguer la partition originale de Goraguer avec des créations de Sylvaine Hélary aux accents jazz, électro et contemporains. Une expérience visuelle, scénographique et musicale inédite pour redécouvrir un chef d’œuvre à la lumière d’enjeux très contemporains.

Over fifty years after its release, ‘La Planète Sauvage’ (Fantastic Planet) remains one of the most beautiful and original animated films in the history of cinema. This science-fiction tale adapted by René Laloux and Roland Topor unfolds on a planet inhabited by giant blue humanoids. The highly advanced stage of civilization they have attained enables them to make pets of human beings. The film’s atmosphere owes a great deal to Alain Goraguer’s soundtrack. Goraguer, who wrote for France’s biggest singing stars, concocted a mixture of progressive rock, funk, and pop.
To set the tone for her term as musical director at the Orchestre National du Jazz, composer and flutist Sylvaine Hélary became the driving force behind an ambitious contemporary reinterpretation of the film, revising and rearranging the music and even more. The ONJ version of La Planète Sauvage is a deconstructed screening with live music, a hybrid, state-of-the-art performance. It is performed by a singer-actor and seven soloists, who alternate Goraguer’s original score with the jazz- and electro-accented inventions of Sylvaine Hélary and Antonin Rayon. This unique musical, visual, and dramatic experience is a way to rediscover a masterpiece in light of issues we face in the here-and-now.

crédits
page transmédia réalisée avec l’aide et l’autorisation d’Aurélie Huz, de l’ONJ, de Maxim François, du magazine pointbreak. Traduction de l’article de revue : Moussa Sy. Photos, visuels © Maxim François, Julien Mignot. La Planète sauvage est un spectacle créé en novembre 2025 autour du film réalisé par René Laloux © 1973 Les Films Armorial – Argos Films. (Remerciements aux ayants droit de René Laloux, Roland Topor et Alain Goraguer.) détails sur le spectacle : www.onj.org

recherche – article d’aurélie huz

Les sons de la science-fiction
dans La Planète sauvage de René Laloux (1973)

Aurélie Huz, « Les sons de la science-fiction dans La Planète sauvage de René Laloux (1973) », Sociétés & Représentations, n° 49, 2020, p. 211-219. DOI

incipit

En 1973, le premier long-métrage d’animation de René Laloux, La Planète sauvage, est accueilli par un grand succès critique et public. Il se distingue par sa technique artisanale (le papier découpé en phases) et son graphisme surréaliste signé Roland Topor. Sur la planète Ygam, les draags, des extraterrestres géants à peau bleue et à yeux rouges, ont importé et réduit à l’état d’animaux de compagnie les hommes du futur (les « oms »). La critique a largement commenté l’inventivité visuelle des novums du film – ces étrangetés fictionnelles qui obligent à imaginer une encyclopédie radicalement différente de celle du réel ; mais la construction de monde exploite aussi bien les défamiliarisations sonores et musicales liées.
Pianiste de jazz de formation, compositeur polymorphe et grand arrangeur de la variété française (Vian, Gainsbourg, Ferrat), Alain Goraguer a composé avant 1973 la musique de deux courts-métrages de Laloux et Topor (Les Temps morts, 1964 ; Les Escargots, 1965). Sa partition pour La Planète sauvage est toutefois nettement plus singulière : elle emprunte aux courants contestataires de l’époque et dialogue avec les « paysages sonores et effets spéciaux » de Robert Pouret et Jean Guérin, réalisés en bonne part sur le synthétiseur EMS VCS3.
Impliquant une dialectique de l’étrangeté et de la familiarité, la poétique science-fictionnelle investit en effet deux niveaux sonores. Les matériaux sonores extradiégétiques, comme la musique de film (le score), contribuent à construire le monde de fiction sans y appartenir, sans être donnés comme le produit d’un référent dans la fiction. Leur potentiel d’étrangeté dépend de connotations culturellement codées, associées à des motifs musicaux typiques (des « topiques ») de l’histoire des genres et de la musique de film, mais aussi du rapport à l’image. En revanche, les matériaux sonores intradiégétiques du sound design sont donnés comme issus de la fiction : en plus de possibles connotations, ils appellent à repérer dans le réel diégétique la cause qui les produit et qu’ils dénotent par contiguïté causale – ce sont les « indices » définis par Peirce. Efficace levier science-fictionnel, cette « écoute causale figurative » vise le novum derrière son bruit et s’appuie sur l’image associée pour mener l’élucidation cognitive, parfois délicate. (…)

article complet (FR)

full english version

In 1973, the first feature-length animated film by René Laloux, Fantastic Planet1 (La Planète sauvage), was met with major critical and popular success. It stands out for its handcrafted technique (cut-out animation in successive phases) and for its surrealist visual style designed by Roland Topor. On the planet Ygam, the Draags—giant extraterrestrials with blue skin and red eyes—have imported humans of the future (the “Oms2”) and reduced them to the status of pets. Critics have widely commented on the film’s visual inventiveness, particularly its nova—those fictional estrangements that require imagining an encyclopedia radically different from that of the real world3 ; yet the film’s world-building also makes extensive use of related sonic and musical defamiliarizations. (…)

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images – photos de la création

création et filage de répétition,
les 19 et 20 novembre 2025,
Malraux Scène nationale de Chambéry
photos © Maxim François

La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François
La Planète sauvage © Maxim François

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coulisses – mini-documentaire sur la création

Documentaire signé Igor Juget
sur la dernière résidence
de création du spectacle
au Théâtre Silvia Monfort,
Paris (octobre 2025).

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playlist 

& livre – la musique d’alain goraguer

La musique du film,
signée par Alain Goraguer
(voir article de revue ci-dessus)
pour René Laloux (1973)

pointbreak, revue papier
numéro 5, octobre 2024

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