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La sonothèque #2

La Sonothèque est une série d’entretiens transmédias avec des musicien·nes présent·es au festival Sons d’hiver. Ensemble, nous parlons de musique, de disques, de conditions d’enregistrement ou d’échappées sonores. Au travers d’un entretien, d’un questionnaire pop et d’une playlist, nous explorons comment le son influence leur travail, comment il s’impose à leur musique et comment il nourrit leurs trajectoires d’artistes.

La Sonothèque is a transmedia serie of interviews with musicians scheduled in the Sons d’hiver festival. We talk to them about music, records, recording conditions or sonic escapes. In an discussion, a questionnaire and a playlist, we explore together how sound influences their work, how it imposes itself on their music, and how it nourishes their careers.

Benoit Delbecq

concert sons d’hiver
illegal crowns

gabby fluke-mogul

concert sons d’hiver
w/ Sophie Agnel

sakina abdou

concert sons d’hiver
w/ ¡Ya Voy !

entretien

œuvres jouées dans le podcast

Benoît Delbecq :
Circles and Calligrams
(Songlines, 2015)

Old and New Dreams : Togo
Old And New Dreams (ECM, 1977)

Pygmées Aka : Kanabaleti Kuango
Musiques et chants populaires de la Sylve (Ocora, 1994)

Pygmées Aka : Mobandi : Mo Boma (berceuse)
Centre Afrique : Anthologie de la musique de Pygmées Aka (Ocora, 2013

Thelonious Monk : Dinah (take 2)
Solo Monk (CBS, 1965)

Kartet :
Silky Way (PeeWee !, 2022)

« J’ai eu la chance de découvrir la musique des Pygmées Aka, le solo d’Ed Blackwell sur Old And News Dreams, d’avoir Muhal Richard Abrams comme professeur. Il avait un mot qui revenait sans cesse : « pivot ». Tu as une idée, maintenant pivote, où vas-tu aller avec ? Ton La peut être la tierce d’un Fa, ça peut être la quinte d’un Ré. Comment fais-tu pivoter tes idées ?… C’est tout ce magma d’idées, d’études corps et âmes, et d’intenses découvertes qui m’a permis de développer mon système calligraphique que je continue d’explorer. »

pop-up !

Un disque parfait pour commencer une journée ?
Aucun, à chaque jour son possible !

Comment résumer en trois mots l’improvisation ?
Ecoute, conscience, inconscience.

Écoutes-tu d’autres musiques quand tu composes ?
Oh non !

Le dernier disque acheté ou écouté récemment ?
Mal Waldron, The Complete Trio Recordings 1958-1960 (FreshSound).
Je ne connaissais pas encore ce disque.

Le tout premier disque vinyle acheté de ta vie ?
Epistrophy de Steve Lacy avec Michel Grailler, JF Jenny-Clark
et Aldo Romano, sorti chez BYG (1969), acheté en 1980, je crois.

Sur quel système son écoutes-tu de la musique ?
Sur Hi-Fi ou avec un bon casque.

Dans quelle pièce ?
C’est variable, parfois dehors aussi !

Écoutes-tu de la musique quand tu pratiques du sport ?
Pour le yoga… la musique comme étale de Morton Feldman, principalement.

Quel·les disques ou musique écoutes-tu en tournée ?
… des musiques qu’on se fait découvrir entre collègues/ami(e)s.

Ton disque refuge, celui qui soigne les moments de mélancolie ?
Anthem for the New Nations, Dollar Brand (Abdullah Ibrahim)
sorti chez Denon, 1978.

Un endroit idéal dans le monde pour écouter de la musique ?
Dans une salle de concert ou dans un bon club, ou alors tout endroit doté d’une acoustique… idéale ! Ça peut-être dans la nature aussi.

The perfect record to start the day ?
None, every day has its own possibilities !

How would you sum up improvisation in three words ?
Listening, awareness, unconsciousness.

Do you listen to other music when you compose ?
Oh no !

The last record you bought or listened to recently ?
Mal Waldron, The Complete Trio Recordings 1958-1960 (FreshSound).
I didn’t know this record before.

The very first vinyl record you ever bought ?
Epistrophy by Steve Lacy with Michel Grailler, JF Jenny-Clark
and Aldo Romano, released by BYG (1969), bought in 1980, I think.

What system do you use to listen to music ?
On Hi-Fi or with good headphones.

In which room ?
It varies, sometimes outside too !

Do you listen to music when you exercise ?
For yoga… mainly music like Morton Feldman’s.

What records or music do you listen to on tour ?
… All that colleagues/friends introduce us to.

What is your go-to record, the one that lifts your spirits when you’re feeling melancholic ?
Anthem for the New Nations, Dollar Brand (Abdullah Ibrahim),
released by Denon in 1978.

Where is the ideal place in the world to listen to music ?
In a concert hall or a good club, or anywhere with perfect acoustics !
It could also be in nature.

playlist

une lecture de Benoît Delbecq

Parole de la syncope

La syncope est un retard dans le rythme, une irrégularité qui compose avec le vide. De la faiblesse qui se dérobe à la pesanteur jusqu’à l’éblouissement, les Nshak Kuba se composent comme des enchainements de syncopes graphiques. L’aléatoire et le caprice semblent dominer alors que s’y déploie sans cesse comme dans la danse, « un harmonieux déséquilibre, plus harmonieux de n’être que fugitif. » (1)
C’est dans le jeu de l’irrégulier, de la syncope, du dérèglement que surgit et s’impose une autre spatialité, une étendue qui s’entrelace à notre propre connaissance de l’espace, tout comme les images des rêves s’entrelacent dans un  « ailleurs » fantastique à notre propre espace.
Dans ces allées et venues, un spasme dans la répétition des motifs quasi algébriques d’un  bogolan ou, dans un velours, un basculement d’oblique qui esquissait une perspective, entraînent soudain tout un enchainement à trébucher. Des pans de cygnes se dérobent et glissent sous le regard pour se reformer autrement. De telles hiatus formels doivent-ils préserver des secrets, brouiller à la vue ce qui doit rester caché ? La fréquentation quasi dangereuse de tels accidents peut aussi apparaître comme  de subtil tressage du désordre, apprivoisements qui ouvrent un fugitif instant sur l’informe du  chaos. « La syncope ruse avec le temps, elle l’accidente et nul ne peut dire ni le jour ni le l’heure. » (2)

Yves Le Fur (in Paroles Enroulées, extrait du livre Au Fil de La Parole, Editions Dapper, 1995)

(1) et (2) Catherine Clément, La Syncope – Philosophie du ravissement (Grasset, 1990)

entretien

œuvres jouées dans le podcast

gabby fluke-mogul and Lily Finnegan : Unknown Caller
Throw It In The Sink
(Sonic Transmissions Records, 2024)

The Revolutionary Ensemble : Light
and now… (Pi Recordings, 2004)

Ornette Coleman : Lonely Woman
The Shape Of Jazz To Come (Atlantic, 1959)

Endless Breakfast : live at Bonn
gabby fluke-mogul, maria portugal & paula sanchez (08.2025)

George Russel (w/ Sheila Jordan) : You Are My Sunshine
The Outer View (Riverside, 1962)

gabby fluke-mogul and Lily Finnegan : Cosmic Exhaust
Throw It In The Sink
(Sonic Transmissions Records, 2024)

gabby fluke-mogul © dawidl askowski

gabby fluke-mogul © dawidl askowski

pop-up !

Un disque parfait pour commencer une journée ?
Mistura E Manda de Paulo Moura

Comment résumer en trois mots l’improvisation ?
Responsabilité, relationnel, résonance
ou alors : tripes, désir, esprit.

Le dernier disque acheté ou écouté récemment ?
Le disque de Os Tincoãs (1973).

Le tout premier disque vinyle acheté de ta vie ?
Closeness de Charlie Haden, ses duos avec Ornette Coleman,
Alice Coltrane, Keith Jarrett et Paul Motian.

Écoutes-tu de la musique quand tu pratiques du sport ?
Non, je suis plutôt curieuse d’écouter les sons de la salle de sport,
le sons des autres et celui de mon corps.

Quel·les disques ou musique écoutes-tu en tournée ?
Wallahi Le Zein ! Wezin, Jakwar And Guitar Boogie From The Islamic Republic Of Mauritania, une compilation éditée par Mississippi Records.

Ton disque refuge, celui qui soigne les moments de mélancolie ?
Monk’s Dream du quartet de Thelonious Monk.

The perfect record to start the day ?
Mistura E Manda by Paulo Moura

How would you sum up improvisation in three words ?
Responsibility, relationality, resonance.
or it could be : gut, desire, spirit.

The last record you bought or listened to recently ?
The Os Tincoãs record (1973)

The very first vinyl record you ever bought ?
Closeness by Charlie Haden.
Duets with Ornette Coleman, Alice Coltrane, Keith Jarrett and Paul Motian.

Do you listen to music when you exercise ?
No, I find it curious to listen to the sounds of the gym, other people’s sounds, and the sound of my body.

What records or music do you listen to on tour ?
Wallahi Le Zein ! Wezin, Jakwar And Guitar Boogie From The Islamic Republic Of Mauritania, a compilation by Mississippi Records.

What is your comfort record, the one that lifts your spirits when you’re feeling melancholic ?
Monk’s Dream by Thelonious Monk Quartet

playlist

une lecture de GFM

entretien

œuvres jouées dans le podcast

Abdou Gouband Warelis : excerpt fom
Hammer, Roll and Leaf teaser
(novembre 2024)

Roscoe Mitchell : Eeltwo Pt. 1
The Solo Concert (AEC publishing, 1973)

Mali : Jeux de flûtes des bergers Peuhls :
Danse des bergers (VDE-GALLO, 1994)

Balla et ses Balladins : Bambo
Objectif Perfection (Syllart Records, 1980)

Mali : Jeux de flûtes des bergers Peuhls :
Danse des cultivateurs (VDE-GALLO, 1994)

Balla et ses Balladins : Moi, je suis découragé
Objectif Perfection (Syllart Records, 1980)

sakina abdou

ttes photos de Sakina Abdou © Jérémie Ternoy

pop-up !

Un disque parfait pour commencer une journée ?
Je n’ai pas de réponse théorique à cette question mais j’ai néanmoins une réponse très concrète. Je déteste le « bip » du réveil aussi, j’essaie de ne pas trop l’infliger à mes enfants. Trouver un démarrage doux à la journée, pour moi ça commence par un bon petit déjeuner complet avec les gens que j’aime donc c’est ce que j’essaie de préparer quand je suis chez moi. Mais, même avec la meilleure volonté du monde, hurler sur ses enfants pour qu’ils descendent manger le bon petit déjeuner tout chaud ou attendre qu’ils descendent en regardant le bon petit déjeuner tout chaud devenir tout froid, ce n’est pas doux, c’est aigre !…
Bref, après quelques excès de voix, de coups de gueule, de brainstorming et de votes, notre conciliabule familial en est arrivé à adopter la musique comme signal de ralliement. Donc tous les matins, le premier qui se lève prépare le petit déjeuner pour les autres et passe sur les enceintes « Lovely Day » de Bill Withers comme repère lorsque c’est prêt. La chanson dure 4’15, le temps pour tout le monde de se réveiller tranquillement, de s’habiller et d’arriver à table avant la fin de la chanson. Ça marche incroyablement bien, sans aucuns mots et avec une synchronicité assez époustouflante. En gros, quand on entend le dernier « Lovely Dayyyyyyyyyyyyyyyy », ça veut dire que c’est le moment de prendre les escaliers. Et si tout le monde n’est pas là, on enchaîne avec du free jazz ou de la musique expérimentale à fond les ballons (tout aussi efficace). Mais souvent quand on est pas trop pressé c’est plutôt « 50 ways to leave your lover » de Paul Simon qui vient en second track.
Quand à mon chat, il mange en même temps que nous et a son propre jingle que l’on a inventé sur son nom et qui le fait rappliquer illico, peu importe où il se trouve et dès qu’il l’entend, c’est assez fou aussi.
Donc voilà globalement les deux chansons qui commencent mes journées quand je suis à la maison. Mes enfants aiment bien par contre je crois que mes voisins détestent.

Comment résumer en trois mots l’improvisation ?
Plonger
S’ouvrir
Accepter.

Ecoutes-tu d’autres musiques quand tu composes ?
Non.

Le dernier disque acheté ou écouté récemment ?
C’était plus précisément un échange avec mon disque en trio, et c’était le solo The Bliss – Of Bliss de Pat Thomas.

Le tout premier disque vinyle acheté de ta vie ?
L’album Night Train d’Oscar Peterson pour offrir à la personne que j’aime.

Sur quel système son écoutes-tu de la musique ?
Quand je suis chez moi, sur une copie home made 2 voix du système « Voix du théâtre » composée de 2 pavillons « ALTEC » (des sortes de cornes medium et aigu) posés sur des caisson « ONKEN » . Mis à part le système d’amplification passive, c’est à peu de choses près une restauration du système audiophile dont j’ai hérité de mon père (lui était en filtre actif d’après le modèle de Jean Hiraga avec amplis à lampes). C’est en partie le système sur lequel j’ai découvert et écouté la musique durant mon enfance et une de ses étapes de développement avant qu’il ne passe en 4 voix. Je n’ai pas trouvé de bon ampli pour le moment mais on a réussi à retaper son lecteur CD Macintosh.

Dans quelle pièce ?
Le Salon.

Écoutes-tu de la musique quand tu pratiques du sport ?
Ça m’arrive parfois. Ce que j’aime dans ces cas-là, c’est de calibrer une durée de séance sur l’écoute d’un album entier. Ou si ce n’est pas un album, je pense à un format.

Quel·les disques ou musique écoutes-tu en tournée ?
Le plus souvent je dérushe les prises d’un album en construction avec un autre projet ou je réécoute les lives des concerts du groupe avec lequel je tourne pour me mettre dans une certaine dynamique artistique, rouvrir mon imaginaire et travailler dans ma tête.

Ton disque refuge, celui qui soigne les moments de mélancolie ?Ça dépend des contextes.
Quand je me sens mélancolique, je n’ai pas forcément envie de nier mon état mais plutôt de rechercher une catharsis sous la forme d’une résonance intérieure / extérieure qui me permettra de trouver la paix. Je sais depuis toujours que mon prénom veut dire « paix » et franchement j’ai toujours trouvé que c’était un drôle de paradoxe vu ma personnalité… Mais une amie m’a appris très récemment ce que cela voulait dire plus précisément :
« SAKÎNA ce n’est pas le déni du chaos.
C’est une paix qui s’installe malgré lui.
Une stabilité intérieure quand le monde lui continue de trembler.
La vraie paix n’est pas de fuir.
C’est de s’ancrer. »

…Et ça pour le coup j’avoue que c’est à peu près ce que je recherche dans la vie. Les musiques qui me permettent de trouver cela peuvent prendre différentes formes :
Ça peut être par exemple un titre précis comme la version de Jimmy Giuffre de  Jesus Maria de Carla Bley car c’est justement ce que j’aime dans ce titre qui, pour moi, dégage une sérénité lumineuse et sans lutte, composée et nourrie pourtant de toutes sortes de nuances d’obscurité, d’inquiétudes, de tensions, de tristesse et de dissonances contenues dans les recoins de ses angles. Quand je l’écoute, mon éventuelle mélancolie résonne autant qu’elle s’apaise.
Sous un autre format et quand j’ai besoins de « pumper » mon énergie, ça peut être l’album Tsapiky • Panorama D’une Jeune Musique De Tuléar que m’avait offert mon meilleur ami quand j’avais 18 ans, je crois, qui me rappelle l’énergie de mes jeunes années et que j’ai toujours utilisé comme une sorte d’électrochoc naturel et redoutablement efficace d’enthousiasme et de dynamique positive.
Ou alors ça peut être encore une playlist de jazz que j’avais faite avec une amie contrebassiste quand j’étais étudiante pour tourner un duo sax/cb dans les bistrots et restaurants de Lille. J’écoutais ça avec mes enfants quand ils étaient petits en faisant le ménage pendant qu’ils jouaient calmement et aujourd’hui, me mettre à ranger en écoutant cette playlist, c’est encore et toujours une belle « madeleine » (que je leur ai transmises sans doute) qui me fait du bien et m’ancre, un peu comme un processus médicamenteux naturel que je m’administre quand j’ai besoins de changer d’état.
La musique pour moi, par sa capacité à convoquer solitairement un ailleurs « perdu » géographique et temporel, est un art qui contient en soi un fort potentiel mélancolique mais représente en même temps une manière heureuse de le vivre, de l’exprimer et de le dépasser symboliquement ensembles.

Un endroit idéal dans le monde pour écouter de la musique ?
Dans sa tête.

The perfect record to start the day ?
I don’t have a theoretical answer to that question, but I do have a very concrete one. I hate the “beep” of the alarm clock too, so I try not to subject my children to it too much. For me, a gentle start to the day begins with a good, hearty breakfast with the people I love, so that’s what I try to prepare when I’m at home. But even with the best will in the world, yelling at your children to come down and eat a nice hot breakfast or waiting for them to come down while watching the nice hot breakfast go cold is not a gentle start to the day, it’s a sour one !
In short, after a few raised voices, shouting matches, brainstorming sessions, and votes, our family meeting decided to adopt music as a rallying cry. So every morning, the first person to get up prepares breakfast for the others and plays Bill Withers’ “Lovely Day” on the speakers as a signal when it’s ready. The song lasts 4 minutes and 15 seconds, which gives everyone time to wake up calmly, get dressed, and arrive at the table before the song ends. It works incredibly well, without any words and with quite breathtaking synchronicity. Basically, when you hear the last “Lovely Dayyyyyyyyyyyyyyyy,” it means it’s time to take the stairs. And if everyone isn’t there, we follow up with free jazz or experimental music at full blast (just as effective). But often, when we’re not in too much of a hurry, Paul Simon’s “50 Ways to Leave Your Lover” comes on as the second track.
As for my cat, he eats at the same time as us and has his own jingle that we made up based on his name, which makes him come running no matter where he is as soon as he hears it. It’s pretty crazy too.
So those are basically the two songs that start my days when I’m at home. My kids like them, but I think my neighbors hate them.

How would you sum up improvisation in three words ?
Dive in
Open up
Accept.

Do you listen to other music when you compose ?
No.

The last record you bought or listened to recently ?
It was actually an exchange with my last trio record, and it was Pat Thomas’ solo album The Bliss – Of Bliss.

The very first vinyl record you ever bought ?
Oscar Peterson’s Night Train, as a gift for the person I love.

What sound system do you listen to music on ?
When I’m at home, on a homemade 2-way copy of the “Voix du théâtre” system, consisting of two ‘ALTEC’ horns (a kind of midrange and treble horn) mounted on “ONKEN” cabinets. Apart from the passive amplification system, it’s pretty much a restoration of the audiophile system I inherited from my father (he had an active filter based on Jean Hiraga’s model with tube amplifiers). It’s partly the system on which I discovered and listened to music during my childhood and one of its stages of development before it switched to four channels. I haven’t found a good amplifier yet, but we managed to fix his Macintosh CD player.

In which room ?
The living room.

Do you listen to music when you exercise ?
Sometimes. What I like in those cases is to calibrate the length of a session to the length of an entire album. Or if it’s not an album, I think of a format.

What records or music do you listen to on tour ?
Most of the time, I review the takes of an album in progress with another project, or I listen to live recordings of concerts by the band I’m touring with to get into a certain artistic dynamic, reopen my imagination, and work in my head.

What is your go-to record, the one that cures moments of melancholy ?
It depends on the context.
When I feel melancholic, I don’t necessarily want to deny my state of mind, but rather seek catharsis in the form of an inner/outer resonance that will allow me to find peace.
I’ve always known that my first name means “peace,” and frankly, I’ve always found that to be a strange paradox given my personality… But a friend recently taught me what it means more precisely :

« SAKÎNA is not the denial of chaos.
It is a peace that settles in despite it.
An inner stability when the world continues to shake.
True peace is not about running away.
It’s about anchoring yourself. »

…And I must admit that this is pretty much what I’m looking for in life. The music that allows me to find this can take different forms :
It can be, for example, a specific track such as Jimmy Giuffre’s version of Jesus Maria by Carla Bley, because that’s exactly what I love about this track, which, for me, exudes a luminous serenity without struggle, yet composed and nourished by all kinds of nuances of darkness, anxiety, tension, sadness, and dissonance contained in the recesses of its corners. When I listen to it, my melancholy resonates as much as it calms down.
In another format, and when I need to “pump up” my energy, it could be the album Tsapiky • Panorama D’une Jeune Musique De Tuléar, which my best friend gave me when I was 18, I think. It reminds me of the energy of my younger years and I’ve always used it as a kind of natural and incredibly effective electroshock of enthusiasm and positive energy.
Or it could be a jazz playlist that I made with a friend who plays the double bass when I was a student, to accompany a sax/double bass duo in the bars and restaurants of Lille. I used to listen to it with my children when they were little, doing the housework while they played quietly, and today, when I start tidying up while listening to this playlist, it is still a beautiful “madeleine” (which I have undoubtedly passed on to them) that makes me feel good and grounds me, a bit like a natural medicine that I administer to myself when I need to change my state of mind.
For me, music, with its ability to conjure up a “lost” place in time and space, is an art form that has a strong melancholic potential, but at the same time represents a happy way of experiencing it, expressing it, and symbolically overcoming it together.

The ideal place in the world to listen to music ?
In your head.

 

playlist

une lecture de sakina Abdou

Roland Barthes, « La chambre claire »
Note sur la photographie , 1980, Cahiers du Cinéma / Gallimard / Seuil

crédits sonothèque

entretiens et réalisation :
Guillaume Malvoisin

production  :
.pointbreak pour le festival Sons d’hiver © 2025-2026

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